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Déc24

Faire croire ou non au Père Noël : quand les principes rendent rigides

Chaque année, pendant le mois de décembre, alors que les vitrines se couvrent de fausses neiges et de guirlandes de toutes les couleurs, une question refait surface, notamment chez les jeunes parents. « Faut-il faire croire aux enfants que le Père Noël existe ? »

Les avis sont assez tranchés :

  • Mentir, c’est mal. Un gros monsieur barbu habillé en rouge qui entre chez les gens même si c’est pour déposer des cadeaux, ça fait peur. Pourquoi inventer une histoire pour leur faire vivre une telle déception ?
  • « J’ai cru au Père Noël et je n’ai pas perdu confiance en mes parents pour autant ». Mentir sans intention de blesser ce n’est pas mentir, et puis c’est la magie de Noël !

Qui a raison, qui a tort ? Nous considérons que la question est mal posée. Quand il s’agit de thérapie brève, la question ne se pose pas en « bien » et « mal », mais en termes de souffrance. Or, dans le cas du Père Noël, la souffrance apparaît surtout au moment où l’enfant n’y croit plus. Et encore à ce moment, qui souffre ?

Noane sort de l’école le 1er décembre dernier, et avant même de dire bonjour, annonce à sa nounou qu’elle ne croit plus au Père Noël. En même temps, ça fait plusieurs semaines maintenant qu’elle pose des questions de plus en plus précises sur le sujet, donc rien de surprenant à ce qu’elle en soit arrivée à cette conclusion. La nounou lui demande donc naturellement si elle en a parlé aux parents.
« Ah non ! Ça ferait trop de peine à maman. »

On voit donc bien ici qui souffre.

Mais si on en revient à la question de base, « faut-il leur faire croire ou non au Père Noël », la vraie question devrait être « Est-ce que l’enfant y croit ou non ? », et quitter le débat de principes, réflexif et donc par définition rigide, pour remettre l’évolution de l’imagination des enfants dans un processus beaucoup plus naturel.

Dans notre société où tous les enfants, peu importent les croyances de leurs parents, sont abreuvés d’images du Père Noël (on peut le déplorer mais c’est un fait), la rigidité « Mais non il n’existe pas », peut créer de la souffrance chez l’enfant qui n’a pas suffisamment de recul pour comprendre pourquoi certains lui disent que le Père Noël existe alors que d’autres non. Ce témoignage publié sur madmoizelle.com est édifiant:

« Il n’y a rien de plus rageant que de savoir qu’on a raison mais de ne pas être écoutée. C’était mon quotidien de gamine autour de la période de Noël, et par moment, j’en suis venue à me demander si mes parents ne m’avaient pas menti. Imaginez : l’intégralité de mes camarades, des parents d’élèves, des médecins, bref, des gens que je côtoyais semblaient y croire. »

Dans notre monde sans magie où le Père Noël n’existe pas (on peut le déplorer, mais c’est un fait), la rigidité « Mais oui il existe », peut créer de la souffrance chez l’enfant qui n’a pas suffisamment de recul pour comprendre pourquoi on lui dit que le Père Noël existe alors que plusieurs détails prouvent que non. Les parents redoublent d’inventivité pour préserver la magie, encore un peu, juste un an de plus. On explique que Tonton qui habite loin a croisé le Père Noël qui lui a donné des cadeaux en avance ; on explique que le Père Noël s’est arrêté chez Maman et Nicolas, puis chez Papa et Anne-Claire, on sait pas bien pourquoi, il a du s’emmêler les pinceaux ; on envoie les enfants ranger leurs chambres le 24 à 19h30 et « oh mince vous l’avez raté » ; ou alors Grand-Père sort toujours des toilettes après que le Père Noël soit parti, il a quand même pas de chance. Tant de justifications plus ou moins crédibles pour éviter les questions, et surtout le moment délicat de l’inévitable désillusion.

 

On va vraiment au Pôle Nord ?

 

Choisir entre ces deux voies semble en effet délicat, et on comprend que les jeunes parents se posent longuement la question.

Et s’il existait une troisième voie ? Celle où ce n’est pas l’adulte qui décide, mais l’enfant qui se construit l’imaginaire qui lui convient. Celle où on laisse tomber les principes, le réflexif, la rigidité, pour se laisser guider par le réel, le processif, la souplesse. On ne se sent jamais obligé de préciser, à la fin de l’histoire du soir, que les lapins ne parlent pas, que les tortues ne vont pas à l’école, ou que Blanche-Neige n’existe pas vraiment (et les sept nains non plus). Le Père Noël est un conte, une histoire que les enfants croisent partout. S’ils ont des questions, des doutes sur le scénario, ils peuvent les poser à leurs parents.

« Maman, il existe pour de vrai le Père Noël ?
– Certaines personnes y croient, d’autres non, c’est un peu comme on veut.
– Mais toi tu y crois ?
– Je ne sais pas vraiment, et toi tu en penses quoi ? »

Qu’ils aient 3 ou 8 ans, les enfants peuvent avoir une réponse à cette question. Parce que c’est ce qu’ils ressentent. Pas ce que les adultes ont décidé.

 

Amélie Devaux

Une Réponse à “Faire croire ou non au Père Noël : quand les principes rendent rigides”

  1. Je confirme, ma fille a cru de 3 ans à 6 ans au Père Noël, alors que nous lui avions expliqué que c’était un personnage d’une histoire, que dans les magasins c’étaient des personnes qui étaient déguisées, et que les cadeaux c’étaient les personnes qui les lui offraient qui les avaient achetés. Nous avons essayé de laisser libre cours à son imaginaire, en la laissant y croire si elle le voulait. De toutes façons, elle a été convaincue que le Père Noël existait jusqu’au Noël où à sa demande nous avons fait le sapin de noël avec un mot qu’elle avait écrit pour le Père Noël. Le 25 au matin, voyant qu’il n’y avait pas de cadeaux sous le sapin, la déception était grande pour elle. Comme c’est dit dans le témoignage, un enfant ne peut pas concevoir qu’autant de personnes mentent en même temps sur le même sujet.

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