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À 180 Degrés / Chagrin Scolaire

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Témoins de harcèlement : peut-on vraiment les pousser à intervenir ?

 

Soyons clairs : 100% des enfants sont témoins de harcèlement, de scènes d’ostracisme, de rejet, dans la cour et aux alentours de l’école et du collège. 

Combien de ces témoins de harcèlement interviennent ? 

De ce que nous en dit l’écrasante majorité des quelques 500 enfants harcelés que nous recevons chaque année, ce pourcentage est dramatiquement bas. Et lorsqu’en conférence auprès de collégiens, nous posons la question de savoir ce qui les en empêche, la réponse fuse, précise et sans appel : « parce qu’on a peur ». Peur que cela se retourne contre eux, peur d’être les prochains sur la liste.
Ils disent : « en prenant la défense de la victime, j’ai beaucoup à perdre et pas grand-chose à gagner : j’ai à perdre le peu de popularité ou de tranquillité qui étaient (éventuellement) les miennes jusqu’à présent. J’ai à gagner l’éventuelle estime de l’adulte. Comment te dire ? » 

Lorsqu’ils se repassent la scène quelques années plus tard (comme nombre d’entre nous l’ont déjà fait), le peur n’est plus là, évidemment; alors surgit la culpabilité qui n’est plus étouffée par cette angoisse paralysante. Qui peut devenir brûlante, parfois. C’est cette même culpabilité qui fait que nous poussons nos enfants à intervenir s’ils sont témoins de cas de harcèlement, comme le fait le dernier clip de l’Education Nationale.

Mais cette exhortation aussi bien intentionnée soit elle, part de notre émotion d’adultes. Et oublie la peur qui les tenaille, eux. Elle reste donc bien souvent un vœu pieux. Notre raisonnement d’adulte oublie en effet une donnée incontournable dans l’analyse du phénomène complexe du harcèlement : la popularité. 

Ce syndrome très moderne dans son intensité et qui les fait redouter plus que tout le cauchemar de la solitude, cette sensation horrible d’être tout seul au self, à la récré ou pour les travaux de groupe. Et qui si on l’oublie, nous fait perdre de vue un élément pourtant indispensable si on veut vraiment aider les victimes de harcèlement scolaire. Car pour pouvoir intervenir efficacement dans un système, il faut en comprendre précisément tous les ingrédients, et pour cela, être au plus proche du terrain.

Depuis 10 ans, nous travaillons sur une façon très pragmatique d’aider les enfants et les adolescents harcelés en les outillant relationnellement pour pouvoir enrayer les cercles vicieux horriblement douloureux dont ils sont les victimes. Et nous intervenons au sein d’établissements pour animer des ateliers qui aident les enfants harcelés à se faire respecter à nouveau, en faisant tomber les agresseurs de leur piédestal. 

Dans ces ateliers, viennent s’inscrire de plus en plus d’enfants témoins de harcèlement, qui ne sont pas victimes, mais qui se sentent terriblement mal de ne pas aider l’ami.e qu’ils voient souffrir, ou même l’inconnu.e qui se fait malmener tout près d’eux, à la récré.
Et c’est une satisfaction immense que nous lisons dans leurs yeux quand ils parviennent à élaborer une flèche de résistance pour l’un.e de ces camarades. Ils savent qu’ils pourront lui proposer une stratégie pour l’aider à être plus fort.e, sans le faire à sa place. 

Ainsi, ce sont à la fois la peur et la culpabilité qui disparaissent. 

 

Nous voyons souvent revenir certaines questions lors des conférences, par mail ou sur les réseaux sociaux. Nous avons voulu que chacun, via ce blog, ait l’occasion d’entendre les réponses. N’hésitez pas à poser vos questions générales sur le harcèlement ou la thérapie brève dans les commentaires, nous répondrons aux questions les plus fréquentes dans des articles futurs.


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