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Mar22

Que devient un problème quand il est confiné ?

Selon les chercheurs et cliniciens de l’Ecole de Palo Alto, un problème est une difficulté mal résolue.

Pour subsister,  il a besoin de deux ingrédients indispensables :

  • Une souffrance qui lui est associée.
  • L’existence d’un certain nombre de tentatives mises en œuvre par le passé et présentement pour l’aplanir ou le faire disparaître. Tentatives qui comme leur nom l’indique n’ont pas abouti. Voire ont aggravé le problème.

Or un certain nombre de problèmes existant le 15 mars 2020 sont entrés en confinement avec leurs créateurs et victimes, et vont vraisemblablement le rester plusieurs semaines encore. Que va-t-il advenir d’eux si la quarantaine dure longtemps ?

Justine, Clément et Nadia, en tête à tête avec leur problème depuis plusieurs jours maintenant vont nous aider à y répondre tout au long de cette semaine.

Les vagues d’angoisse de Justine.

Justine a très peur depuis longtemps et de façon cyclique de mourir de façon douloureuse d’une maladie foudroyante. C’est un problème pénible, mais gérable en temps normal.

Experte en auto-check-up, elle est très attentive au moindre changement symptomatique qui pourrait indiquer que son décès est proche. Dès lors que le(s) symptôme(s) lui semblent correspondre à la maladie qui l’angoisse, sa peur devient infiniment douloureuse et harassante. Elle a l’impression de devoir se battre contre une vague interne sans pitié. Vague qui, pense-t-elle,  ne la laissera jamais en paix si elle ne la fait pas disparaître. Très logiquement, lorsque cette dernière commence à monter, Justine n’a donc plus qu’une obsession : être rassurée.

Elle tente de se sentir moins terrifiée de deux manières : elle va consulter des forums de médecine en ligne, ce qui fonctionne souvent assez mal ; alors elle appelle un des 6 médecins qu’elle a sélectionnés pour faire diminuer son angoisse (6 pour être sûre de n’en lasser aucun).

Les forums seuls ne suffisent pas à l’apaiser parce que leur légitimité n’est pas exactement à la hauteur de ses exigences. Et c’est souvent toujours aussi inquiète qu’elle ressort de ces conversations numériques, avec des craintes et des signaux physiologiques supplémentaires. C’est seulement lorsque la voix apaisante (même si elle est un peu agacée) du médecin lui dit qu’elle n’a rien à craindre et que ce symptôme n’est annonciateur d’aucune agonie imminente que Justine sent la lame menaçante se transformer rapidement en vaguelette et le symptôme devenir beaucoup moins présent.

Cela fonctionne, donc.

Mais un temps seulement. Puisque depuis plusieurs années, chaque fois qu’un nouveau symptôme apparaît (et son corps est infiniment doué pour en sécréter à l’envie), plusieurs fois par mois,  la vague est de plus en plus oppressante, de plus en plus paralysante. C’est que lorsque on met une bûche sur un feu pour l’éteindre, cela fonctionne un petit temps. Mais rapidement, la flambée repart de plus belle. On pourrait dire précisément que sur le long terme,  plus Justine tente de se rassurer, plus elle a peur.

Or la symptomatologie du Covid 19, telle que présentée au public est suffisamment générique et floue pour être facilement et rapidement incarnée par Justine, très créative en la matière : ces maux de tête, sensation de fatigue, courbatures et surtout difficultés à respirer que toute personne angoissée ou presque a déjà expérimentées, Justine les ressent de façon plus ou moins intense. Le fait de prendre sa température et de constater qu’elle est en dessous de 37,5° ne l’apaise qu’un temps. Une petite voix annonciatrice de la vague lui dit que le Covid 19 peut avoir des formes sans fébrilité Et que ce sont sans doute les plus meurtrières.

Voici Justine confinée avec ses symptômes angoissants d’une part et une culpabilité lancinante d’autre part. Les forums sont encore moins efficaces que d’habitude, mais déranger un des 6 médecins, là maintenant, alors même que chacun doit faire un  effort pour ne pas saturer le personnel soignant est presque aussi douloureux. Il y a fort à parier qu’après quelques tergiversations, Justine soit contrainte de continuer ses vaines tentatives de régulation en appelant néanmoins un médecin à la rescousse, mais qu’elle en conçoive une culpabilité très forte. Si ce combat est récurrent, il y a fort à parier pour que Justine ressorte de ce confinement coupable, auto-déçue, vulnérable, triste et toujours très angoissée.

Le problème va se nourrir en quelque sorte du confinement pour prospérer, et faire prospérer de nouvelles souffrances.

Mais peut-être au contraire, le confinement sera-t-il le moment pour Justine d’arrêter ces vaines tentatives de régulation consistant à se faire rassurer par les médecins lorsque la vague pointe le bout de son nez.
Peut-être la quarantaine sera-t-elle la pause nécessaire pour qu’elle opère ce que l’Ecole de Palo Alto appelle un changement de niveau 2, un changement à 180°.

Peut-être cet isolement forcé créera la parenthèse nécessaire pour que Justine se sente suffisamment en sécurité dans le creux de son appartement et pour que progressivement, elle accueille son angoisse. Cessant  le monologue improductif et brutal qu’elle tient devant elle depuis plusieurs années et qui consiste à hurler : « va t’en, dégage, je ne veux plus ressentir tes symptômes, laisse-moi tranquille ».

Peut-être pourra-t-elle enfin s’asseoir pour écouter ce que cette émotion intense a à lui dire : « écoute-moi Justine, tout le monde peut mourir de façon brutale, c’est important que tu t’en souviennes. Je t’envoie des symptômes pour te le dire depuis des années, mais tu ne m’écoutes jamais. »

Si chaque fois qu’un symptôme apparaît, Justine est capable d’accueillir la peur qu’il déclenche, alors cette dernière s’apaisera progressivement et durablement.

Parce qu’une peur qu’on apprivoise redevient amicale.

Alors le confinement aura permis de résoudre un problème qu’il aurait pu largement aggraver.

Emmanuelle Piquet

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