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Que devient un problème quand il est confiné ? Episode 3

Selon les chercheurs et cliniciens de l’Ecole de Palo Alto, un problème est une difficulté mal résolue.

Pour perdurer ou prospérer,  il a besoin de deux ingrédients indispensables :

  • Une souffrance qui lui est associée.
  • L’existence d’un certain nombre de tentatives mises en œuvre par le passé et présentement pour l’aplanir ou le faire disparaître. Tentatives qui comme leur nom l’indique n’ont pas abouti. Voire ont aggravé le problème.

Or un certain nombre de problèmes existant le 15 mars 2020 sont entrés en confinement avec leurs créateurs et victimes, et vont vraisemblablement le rester plusieurs semaines encore. Que va-t-il advenir d’eux si la quarantaine dure longtemps ?

Justine, Clément et Nadia, en tête à tête avec leur problème depuis plusieurs jours maintenant vont nous aider à y répondre tout au long de cette semaine.

Nadia hésite.

Nadia a accueilli la nouvelle de la quarantaine de façon très ambivalente. Se retrouver confinée avec ses deux frères jumeaux de 11 ans dans l’appartement familial de 60 mètres carrés lui est apparu immédiatement comme un potentiel cauchemar, mais ne plus subir les angoisses liées à ses relations compliquées avec la bande de Tess au collège, comme une parenthèse très rassérénante. Et c’est le soulagement qui l’a emporté ; en tout cas pendant les premiers jours. Comme si Nadia reprenait enfin un peu d’oxygène.

C’est qu’elle a l’impression d’être en permanence en apnée depuis plusieurs mois, Nadia.

Alors qu’elle est à l’origine de cette bande de copines constituée en CM1, elle en est périodiquement et de plus en plus souvent exclue par Tess et son adjointe, Fathia, de façon implicite et pourtant très blessante.

Parfois, alors qu’elle s’approche des filles pour leur dire bonjour, ces dernières se détournent comme si elles ne la connaissaient pas. Et ne lui adressent plus la parole pendant deux à trois jours. Alors Nadia attend qu’un des membres du clan revienne la chercher. Et le cycle exclusion/rapatriement commence un nouveau tour.

A plusieurs reprises, lorsqu’elle a cherché à s’asseoir au self à leur table comme chaque midi, Tess lui a dit en souriant, de façon presque affectueuse : « Non, Nadia, pas aujourd’hui, on a des choses à voir ». Elle a mangé toute seule à une autre table en ravalant ses larmes.

Invitée à l’anniversaire de Fathia il y a quelques semaines, elle est la seule à qui il n’a pas été proposé de passer la nuit du samedi avec la bande. Elle s’est retrouvée dans une situation particulièrement humiliante à dire au-revoir aux sept autres filles qui se lançaient des regards complices lorsque sa mère est venue la chercher en fin d’après-midi. Elle a fait comme si de rien n’était (comme d’habitude).

Mais dans la voiture, quelques secondes plus tard, elle a éclaté en sanglots. A sa mère inquiète qui lui demandait ce qui s’était passé, elle a répondu : « tu ne peux pas comprendre ». Parce qu’elle sait que si elle lui raconte à nouveau les rejets plus ou moins hostiles dont elle est la victime, sa mère lui dira : « mais arrête avec ces gamines, elles sont super toxiques, tu vois bien ? »

Elles sont toxiques, peut-être, mais c’est sa bande. Les autres quatrièmes, même si elle les aime bien, sont beaucoup moins cools.

Et puis parfois, Nadia ne sait pas trop pourquoi, elles redeviennent sympas. Elles lui demandent alors de chanter pour elles. Parce que Nadia chante très bien, tout le monde s’accorde à le dire. Tess a même écrit sur leur groupe What’s App une fois, que sa voix lui tirait des larmes d’émotion (cœur, cœur, licorne, fleurs, yeux de biche). Nadia s’est sentie sur un petit nuage pendant au moins trois jours. Souvent, Louise, qui fait partie de la bande depuis le CM1 aussi, et qui a parfois été exclue en 6ème vient lui parler en lui disant de ne pas prendre les choses trop à cœur, que ça va finir par s’arranger. Nadia aime bien Louise. Elle n’est jamais méchante.

Nadia se retrouve donc dans une situation affreuse au niveau émotionnel : terrorisée à l’idée d’être exclue par Tess, Fathia ou les autres, elle ne profite que très peu des bons moments au sein du groupe. Lorsqu’elle en est exclue, elle est absolument obsédée par l’idée d’y retourner.

Le confinement lui a donc fait relâcher un peu la pression.

Mais assez rapidement, le groupe What’s app s’est mis à fonctionner à plein régime. Au début, tout allait pour le mieux. Mais au bout de trois jours, Nadia a compris que des sous-groupes se constituaient dont elle était systématiquement exclue. Lorsqu’elle écrit, il n’est pas rare que personne ne réagisse ; Tess a créé une play-list pour le groupe, Nadia a été rassurée de faire partie des destinataires, mais elle s’est rendue compte via les réseaux qu’elles se donnaient toutes rendez-vous pour danser dessus à 19H30 à leur balcon juste avant d’applaudir les soignants. Sans elle. Bref, le cycle recommence, Nadia en a douloureusement conscience.

Alors elle tente vainement d’entrer en contact collectivement ou individuellement ; se fait discrète mais pas totalement absente ; se recroqueville sur son angoisse et sa tristesse et commence à redouter la réouverture du collège, parce qu’elle se sent encore plus en marge qu’avant la quarantaine.

Si Nadia maintient les mêmes vaines tentatives de régulation pour résoudre son problème que celles qu’elle mettait en œuvre avant le 15 mars, il est vraisemblable que le problème va se nourrir du confinement pour prospérer, et faire prospérer de nouvelles souffrances, tant il est difficile de maintenir des liens virtuels.

Mais peut-être au contraire, le confinement sera-t-il le moment pour Nadia de prendre le temps d’analyser la situation pour pouvoir opérer un changement de niveau 2, pour pouvoir prendre un virage à 180°, en faisant l’inverse de ce qu’elle a fait jusqu’à maintenant.

Elle pourrait par exemple écouter l’histoire suivante :

Celle d’une reine qui habitait dans un château somptueux dans lequel elle organisait des banquets avec toutes ses courtisanes. Chaque courtisane avait une place à table et se régalait des mets raffinés qui y étaient servis. Seule une invitée n’y participait pas : elle était dans une cage, à côté de la table et les autres ne la regardaient presque jamais. De temps à autre, une des courtisanes et plus rarement la reine venaient parfois lui donner quelques miettes et lui demandaient de chanter. Alors la jeune fille chantait. Elle essayait de chanter le mieux possible pour sortir de la cage et enfin être invitée à s’asseoir avec les autres, mais ce n’était jamais le cas. Elle était très malheureuse.

Ce que ne voyait pas la jeune fille, c’est que la porte de la cage était ouverte. Et qu’elle pouvait en sortir à tout moment.

Mais si elle sortait, ce serait inévitablement pour quitter le banquet à jamais. Puisque dans ce château, son rôle à elle, c’était d’être en cage et de ne manger que quelques miettes, parfois. 

Elle pouvait donc décider de rester dans le château, mais ce serait dans la cage. Ou de sortir de la cage mais elle quitterait le château.

C’est un choix infiniment difficile.

Car si Nadia choisit de rester dans la cage, elle renonce dans le même temps à faire intégralement partie de la bande et accepte sciemment de n’avoir que des miettes.

Mais si elle décide d’en sortir, elle prend la décision de ne plus jamais en faire partie et le risque de se retrouver toute seule.

Si Nadia décidait de rester dans la cage, nous respecterions évidemment totalement son choix. Sa souffrance serait fortement apaisée parce qu’elle ne serait plus saisie par cet espoir infiniment douloureux, puisque sans cesse déçu, de faire partie des courtisanes de premier ordre, comme avant.

Et si Nadia prenait la décision de sortir de sa cage, nous l’aiderions à s’envoler. Elle pourrait par exemple publier sur Snapchat un texte disant : je profite du confinement pour écrire des chansons sur les plus belles personnalités que j’ai rencontrées ces dernières années. Je les diffuserai au fur et à mesure. Elle pourrait commencer par plusieurs personnes en dehors du groupe. Puis en faire une sur Louise. Et si quiconque du groupe lui demandait si elle allait faire partie des muses, répondre : « Ah pardon, j’avais pas du tout pensé à toi ». Cela signifiera qu’elle a quitté le groupe. Définitivement.

Ici, le virage à 180° consiste à faire un choix entre deux options infiniment douloureuses plutôt que de vouloir vainement les avantages des deux.

Alors le confinement et le courage de Nadia auront permis de résoudre un problème que la quarantaine aurait pu largement aggraver

Emmanuelle Piquet

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