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Déc20

Les praticiens de l’annuaire ont la parole – Episode 2 Michelle Shenhav

Comment Michelle Shenhav a « rencontré » le modèle de Palo Alto

Ça a commencé par une formation en systémique avec Jacques Antoine Malarewicz.  Cette formation complétait mon parcours de 2 ans et demi de coach. Malarewicz avait eu Watzlawick comme superviseur et ses anecdotes étaient à la fois drôles et porteuses de sens. Il m’a vraiment donné envie d’approfondir ce modèle. Quand j’ai découvert Bateson, pour moi, c’était une suite logique. Une évidence.

Et plus je m’informais, plus je lisais, plus lisais, plus je continuais à m’y intéresser… [rires] une voie royale.

Et Michelle a décidé d’en faire son métier 

J’ai continué mon entreprise de communication événementielle et les coachings tout en enchaînant les formations chez Virages à Louvain-La-Neuve où j’ai rencontré Emmanuelle Piquet. Et là, révélation, je me suis dit « ah d’accord, voilà autre chose…» [rires]. On était à un autre niveau… Disons, qu’à travers les expériences que j’ai eues en coaching les CEO n’ont jamais vraiment eu envie de changer vu que c’était la DRH qui leur demandait de faire des efforts. Bon je n’étais probablement pas très bonne. Emmanuelle proposait une approche sur un modèle qui m’avait déjà séduit et appliqué sur les souffrances relationnelles et particulièrement chez les jeunes c’était juste une révélation pour moi. Il m’a suffi d’un module en été pour me dire que j’allais en faire mon métier et là j’ai enchaîné le parcours chez Chagrin scolaire. A chaque supervision, chaque formation j’apprends encore et toujours, je grandis.

En étant déjà coach, Michelle avait un savoir-faire

…que j’ai dû désapprendre : Emmanuelle m’a aidé pour cela. On me reprochait d’avoir ce côté positif, d’avoir envie pour l’autre: c’est vrai j’ai ce tempérament-là. Avec mon entreprise je coachais, je dirigeais, j’avais vraiment cette casquette. Quand tu apaises les souffrances sur le modèle de Palo Alto, tu lâches tes propres objectifs.

La confiance, l’empathie, la relation entre le thérapeute et le patient priment.

Palo Alto change les patients et les thérapeutes, y compris dans leur vie personnelle

Carrément ! la notion de causalité circulaire, le but conscient …. « Si tu veux agir, apprends à agir », c’est ce qui moi, me parle vraiment fort. Des restes du métier de coach peut-être ? Palo Alto m’a ouvert les yeux sur le fait que des changements simples conduisent à la dissolution de problèmes. Fallait tout de même y penser !

Sur la table de Michelle, des livres…

Je relis avec plaisir   »Tactiques du changements », « Paradoxes et psychothérapie », « Du désir au plaisir de changer » », » Milton Erickson, un thérapeute hors du commun ». Et les livres d’Emmanuelle Piquet, évidemment. Je les relis régulièrement, en particulier « Te laisse pas faire ».

Les principes tels que « On ne peut pas ne pas communiquer », le constructivisme, et plus on fait de la même chose pensant résoudre un problème, moins on le résout voire plus on l’aggrave ou comment trouver LE changement qui aura pour conséquence le changement du système entier, sont des principes très puissants.

Pour quelles raisons est-il est important d’être dans cet annuaire ?

D’abord, un sentiment d’appartenir… Y être inspire la confiance pour les patients à la recherche d’un thérapeute certifié, le côté professionnel aussi.

Pour le plaisir de partager avec les autres de cette même communauté de thérapeutes qui ont le même parcours, de faire partie. Le côté officiel, c’est une référence.

Michelle s’amuse de cet aspect ingrat du métier :

Quand le patient revient et qu’il a changé de posture sans s’en rendre compte tout de suite. Tu le vois à sa tête… C’est super ingrat notre métier [rires]. Le patient ne se rend pas compte directement qu’il a fait des changements. Imaginons un homme venu consulter pour sa jalousie maladive, fort en dépendance par rapport à sa femme, et après deux séances et retours de tâches, il ait lâché et revient en mode : « ça va j’ai fait des trucs pour moi le week-end, et? » alors qu’avant, il demandait quinze fois à sa femme : « Est-ce que tu vas faire quelque chose avec moi ? », inquiet de savoir si son épouse allait le laisser tomber ! 

 [On le voit] quand on ouvre la porte [de la salle d’attente] et on se dit : « Ouh là ! Sortez de ce corps, et dites-moi ce qui se passe ! » Et tu te rends compte qu’en fait, la personne a testé d’autres façons de faire et ça n’a pas trop mal marché…

Ce que Michelle ne peut plus faire depuis qu’elle baigne dans les eaux de Palo Alto

Je ne peux plus lâcher le mât ! Ce qui me paraît évident, c’est ne plus vouloir à la place de l’autre, lâcher parfois mon propre but conscient. Et ne pas aller trop vite. Ce que l’autre veut amener comme changement ne dépend pas de moi. Mon rôle c’est d’aider à débloquer ce qui bloque.

 Certaines thérapies empêchent de dormir

J’ai connu un moment de grande solitude, quand j’ai accompagné une femme qui à un moment m’a dit : « Comme ça ne va pas trop avec mon mari, ce serait vraiment bien qu’il vienne aussi vous voir ». J’ai eu la mauvaise idée d’accepter, cet homme était juste horrible. « Vous comprenez, ma femme doit avoir un déficit d’attention, chaque fois que je rentre à la maison, au lieu d’être rangée, la maison est un vrai bordel…et moi qui travaille dans une banque, je n’ai pas le temps, elle doit se faire soigner. » J’ai oscillé entre des recadrages et des « ben oui évidemment »,  [bouche ouverte d’étonnement] Inutile de dire que sa demande de l’aider à décider s’il avait envie ou non, de la quitter, je n’y ai pas fait attention. Il m’a tellement énervée, je n’arrivais pas à me focaliser sur sa souffrance.  Je n’ai pas redonné de rendez-vous, je ne voulais plus le voir, c’était clair [rires]… Il n’a pas non plus exprimé le souhait de me revoir. Cette séance m’a épuisée c’était impossible pour moi de le rejoindre. J’avais juste envie de le faire taire.

Les moments agréables dans la thérapie pour Michelle

Le début, le milieu, les étapes entre, la fin. Quel magnifique métier que d’apaiser les souffrances suivant ce modèle, d’accompagner les patients un bout de chemin, de les voir un peu ou beaucoup soulagés, en fonction de leurs demandes.

Conseils à un futur thérapeute stratégique

Mettre une casquette d’anthropologue et la garder J. Être très curieux du patient qui va le voir et pas de ce que, lui  [thérapeute], va apporter. Être complètement à l’écoute ; être là, au service, sans avoir envie que nécessairement ça se passe comme le thérapeute le souhaiterait. Être surpris, c’est OK aussi ! et ne pas hésiter à se mettre en méta quand c’est trop douloureux. En tous les cas, avoir tous ses sens en éveil, parce qu’il y a ce que le patient dit et se qui se cache derrière. Si on est sans arrêt en train de se demander : « Tiens, est-ce que je fais ce qu’il faut, est-ce que je dis ce qu’il faut ? » on n’est plus à l’écoute de l’autre. Et mettre de côté l’envie de bien faire.

Conseil à un patient qui hésite à consulter

« Essayez pour voir ! » [Rires] J’ai des patients qui viennent sur recommandation en disant « Je ne sais pas… j’ai essayé déjà tellement de choses… » Je freine et les mets en garde je ne suis hélas pas marraine la bonne fée, cette thérapie ne va pas être confortable, je ne peux rien garantir comme résultat et tout le monde va bosser. Il faut leur dire qu’ils vont être impliqués. Et que s’ils suivent à la lettre ce qu’on leur demande de faire, ça ira plus vite. Mais qu’ils ne sont pas obligés.

Michelle a des moments d’hésitation

Il y a parfois des séances pour lesquelles je ne sais pas toujours si je dois rappeler ou pas le patient : je ne suis pas certaine d’avoir été claire dans la tâche demandée, assez explicite, en-même temps j’ai peur de me déforcer si j’explique, du coup j’hésite.

Ce que Michelle aime avec les petits…

…c’est quand ils se rendent compte du cercle vicieux dans lequel ils sont coincés. Parfois je mime un peu comment ils font, je joue la comédie : « ah ! tu fais ça et puis ça…ça doit marcher super bien, alors ? » Et là, ils te regardent « Ben non » « Ah… ça ne marche pas, alors… ». Et quand tu vois leur tête, parce qu’ils ont compris que ce qu’ils font ne donne pas le résultat qu’ils souhaitent, je les sens « prêts » pour faire autre chose. J’adore ce moment-là. Je leur dessine parfois le cercle vicieux dans lequel ils sont enfermés. D’un seul coup, ils voient où ça coince… et sont disponibles pour essayer autre chose. Et le plaisir de freiner un peu à ce moment-là !… pour entendre : «Si, si, je vais le faire ! »

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