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Déc19

Ouvrir l’oreille. Ce que racontent des parents.

Amour et inquiétude

Nous donnons des conférences, sur les sujets qui nous occupent en thérapie, parmi lesquels le harcèlement qui demeure le thème le plus demandé. Quand nous présentons notre manière de travailler avec et pour les enfants, nous rappelons toujours à quel point les parents apportent une aide essentielle à leurs enfants. D’abord, en offrant ce qu’eux seuls possèdent : l’amour maternel et/ou paternel. Et une écoute patiente et empathique. Il est effrayant pour chacun de se dire que son enfant pourrait souffrir et n’en rien dire : la presse le rappelle au sujet de nombre de faits divers pour lesquels il est souligné que la famille n’avait rien su des brimades physiques comme des tortures mentales.

« Comment savoir si mon enfant est harcelé ou risque de l’être ? », nous demandent alors des parents inquiets de passer à côté de cette problématique. Nous répondons qu’il est bien d’être attentifs à tous les changements de comportement majeurs. Il sera alors adapté de demander à son enfant s’il a des soucis à l’école, s’il veut en parler, s’il souhaite de l’aide.  L’enfant saura dire s’il a besoin qu’on l’épaule d’une manière ou d’une autre, surtout si on lui fait la promesse de ne pas intervenir à sa place ni sans son consentement. Savoir qu’une oreille attentive et des bras consolateurs lui sont offerts est apaisant en soi.

Nous échangions à ce sujet, avec le public de la conférence donnée hier soir. Et des parents ont raconté leur histoire, après que j’ai rappelé que tous les enfants peuvent être un jour harcelés. Certains le seront beaucoup, en effet ; d’autres, jamais. Quelques-uns présenteront à tel ou tel moment de leur vie une vulnérabilité perçue par une brute ou une peste qui s’engouffrera dans la brèche pour lui visible. Ainsi, notre expérience nous a convaincus qu’il n’y a pas de « profil » d’enfants harcelés, pas plus que de « profil » de harceleur, d’ailleurs. Les enfants qui viennent en consultation pour cette problématique n’ont pas toujours les caractéristiques repérables qu’habituellement on estime propres à susciter le harcèlement (surpoids, couleur de cheveux, taille, défauts de prononciation, port de lunettes ou d’appareil dentaire, etc.). Cependant, ces particularités peuvent être des sujets de moquerie ou de rejet, comme chacun l’a vu au cours de sa scolarité. Alors, certains parents préfèrent anticiper.

 Ce problème, pour qui est-ce un problème ?

Voilà pourquoi les parents d’Adam[1] , qui racontent, ont proposé à leur fils quand il eût 8 ans, de « faire quelque chose pour [ses] oreilles ». De fait, elles sont très décollées, et à chaque rentrée, depuis la maternelle, Adam entend des remarques et des quolibets. Son papa explique qu’on redoutait que les attaques soient amplifiées, au fil des ans : le spectre du collège et de la jungle de la cour de récré se profilaient.

Le chirurgien a été très gentil, selon Adam : il a expliqué au petit garçon comment l’opération se déroulerait, dans les détails, et comment on attendait son aide, par exemple en disant très vite s’il avait mal. Adam a vu des photos « avant/après » d’autres enfants, et aussi un portrait retouché de lui-même. Il n’avait pas de questions à poser et s’en est allé, serein,  avec ses parents. Une fois dans la rue, Adam s’est soudainement arrêté de marcher, et d’un air réfléchi a décrété :

– « Je ne veux pas me faire opérer des oreilles.

– Ah bon ? mais pourquoi ? tu as peur d’avoir mal  ?

– Pas du tout. Je sais que j’aurais les médicaments si j’ai besoin. Non, je ne veux pas parce que ce sont MES oreilles. Si je me fais opérer, je ne serais plus moi, plus jamais : on ne pourra pas revenir en arrière, après l’opération. Ce sont mes oreilles, et ce n’est pas ma faute si les autres ont un problème avec. Pourquoi est-ce que je devrais faire opérer MES oreilles pour régler le problème des autres ?

– Mais, mon chéri, j’ai l’impression qu’on t’embête beaucoup avec ça… tu nous as raconté que les autres se moquaient à l’école…

– Oui. C’est un peu pénible à chaque rentrée, surtout avec les nouveaux. Mais je leur explique que c’est LEUR problème et MES oreilles, et que moi, je ne vais pas changer. Au bout d’un moment, ça va, ils ne m’en parlent plus trop. »

Les parents du jeune garçon ont donc annulé le rendez-vous à l’hôpital ; Adam est en CM2 ; père et mère qui étaient un peu inquiets à l’idée de l’entrée en 6ème , se disent (avec pas mal de fierté) que leur Adam sait finalement être au monde avec ses oreilles particulières.

Là ou un autre que lui n’aurait vu son salut que dans la seule opération. Et se serait rendu compte avec amertume que la modification physique ne changeait rien à la cruauté des harceleurs, qui se seraient emparés d’un nouveau sujet pour le faire souffrir. C’est ce qui arrive à nombre d’enfants qui ont tenté de modifier leur corps, leur apparence, leurs centres d’intérêt pour être enfin aimés des autres.

En vain.

Et c’est à l’inverse la magnifique leçon que nous donnent nos jeunes patients de notre consultation à la clinique du Val d’Ouest en chirurgie réparatrice lorsqu’ils nous expliquent à quel point leur « handicap  » esthétique ne leur pose pas problème dans leurs relations avec les autres.

Tant ce n’est pas la taille des oreilles, mais la vulnérabilité qui attire les harceleurs.

Muriel Martin Chabert.


[1] Le prénom a été modifié.

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