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HPI, hypersensibilité et souffrance

Idée reçue : « Les enfants HPI sont hypersensibles par nature, c’est pour ça qu’ils souffrent plus que les autres ».

VRAIMENT ?

Ce que nous observons en thérapie depuis plus de 15 ans :

  • Des enfants, des adolescents diagnostiqués HPI, dont on nous indique qu’ils se font harceler parce qu’ils sont hypersensibles, puisque HPI. Comme une fatalité.
  • Or nous constatons souvent que ces enfants invoquent – ou s’appuient sur – leur haut quotient intellectuel dans leurs relations avec les autres, ce qui semble logique.
  • Dès que nous les avons outillés avec, par exemple, de l’auto-dérision ou plus de souplesse relationnelle, sans plus du tout invoquer ce diagnostic, leur souffrance s’apaise car ils savent beaucoup mieux gérer leurs relations.
  • Leur hypersensibilité, elle aussi, diminue. C’est sans doute parce qu’elle était consécutive à la situation plus qu’à une particularité intrinsèque.

De quoi parle-t-on ?

On définit une personne HPI par un quotient intellectuel supérieur à 130, soit 2 écarts-types au-dessus de la moyenne (2).

L’hypersensibilité est un état de réactivité forte aux stimuli sensoriels et émotionnels (3).

Ce que dit la recherche

  • Une étude hollandaise montre que globalement, les personnes HPI (ou surdouées) obtiennent des scores inférieurs à ceux de la population générale au test SPS (sensibilité au traitement cérébral des informations sensorielles). C’est d’autant plus vrai pour la dimension négative de l’hypersensibilité (comme l’inconfort émotionnel ou la réactivité émotionnelle et physiologique). En revanche, concernant la dimension positive (sensibilité socio-affective, confort sensoriel, sensibilité esthétique, artistique ou aux changements subtils de perception), les personnes surdouées obtiennent des scores plus élevés. Ce qu’on pourrait résumer par plus d’ouverture, d’empathie et de créativité, et moins d’inconfort que la population générale. (1)
  • Des chercheurs français se sont attachés à démontrer le caractère infondé de ce qu’ils ont appelé « la légende noire des surdoués ». Outre la confirmation du lien entre haut QI et performance scolaire, ils mettent aussi en évidence l’inverse de cette idée reçue, c’est-à-dire que le QI a un effet protecteur sur les troubles psychologiques. (2)

Pourquoi cette croyance d’une corrélation directe entre haut quotient intellectuel et hypersensibilité/souffrance est-elle aussi forte ?

En raison d’un biais d’échantillonnage : ce sont souvent les personnes HPI en souffrance auxquelles certaines études s’intéressent, sans se soucier de la persistance des mêmes résultats en population générale. Les HPI qui vont bien n’ont aucune raison, ni de consulter, ni même de demander à être diagnostiqués.

Il paraît donc inexact de prétendre qu’il existe un lien entre HPI et hypersensibilité/souffrance. Au maximum, on observe chez les HPI une dyssynchronie, c’est-à-dire un décalage entre leur niveau intellectuel (où ils sont en avance) et leur niveau émotionnel (où ils ne sont ni en avance ni en retard).

  1. Do gifted individuals exhibit higher levels of Sensory Processing Sensitivity and what role do openness and neuroticism play in this regard ? De Gucht, V. Woestenburg, D. Backbier, E.
  2. La légende noire des surdoués. Ramus, F.  Gauvrit, N. (2017). La Recherche, Mars 2017