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À 180 Degrés / Chagrin Scolaire

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Les thérapeutes recommandés ont la parole – Épisode 9 : Gaëlle JOSSE

Conseils de Gaëlle à un•e ami•e qui voudrait se former à la thérapie brève

Je lui conseillerais d’abord et avant tout de lire beaucoup : de lire tous les grands classiques, pour s’imprégner un peu de la pensée, et puis, – je veux pas faire de la pub ! mais je trouve que c’est très réjouissant –, de lire les livres d’Emmanuelle [Piquet] qui sont très cliniques et accessibles à tous les niveaux, c’est à dire aussi bien aux gens qui ne connaissent pas le modèle, parce qu’elle vulgarise beaucoup, qu’aux praticiens plus confirmés. En fait, on trouve toujours des trucs nouveaux, dans ses livres. J’irai dans cet ordre-là, c’est-à-dire lire un peu les classiques des Américains et ensuite lire un peu de livres pratiques et voir en fait si on se sent bien avec ce modèle ou pas.  Et puis après évidemment sauter le pas et s’inscrire à 180° par exemple [rires].

Le livre de référence pour Gaëlle 

Ma référence préférée est celui qu’on m’a mis la première fois entre les mains : Changements[1]. Est-ce le plus accessible ? Je n’en sais rien… C’est vrai qu’il est pas forcément facile, surtout la première partie qui revient sur la logique donc il faut être un peu motivé, mais c’est le premier qu’on m’a mis entre les mains donc je crois que c’est le premier que je remettrai entre les mains de quelqu’un et que j’ai remis entre les mains de gens qui me demandaient des références.

Première rencontre avec Palo Alto

Ça s’est passé il y a quelques années, il y a un peu moins de dix ans, grâce à un ami, qui m’a, comme je le disais, mis le livre Changements entre les mains.  

Je fais de la médecine chinoise. C’est important peut-être que j’en parle parce que c’est ce qui m’a fait, c’est ce qui me forme depuis toujours, depuis que j’ai eu mon bac, je suis imprégnée de ce milieu : j’ai passé beaucoup de temps en Chine.  J’étais arrivée à un moment de ma pratique en cabinet où j’avais un peu l’impression de stagner et surtout d’étouffer, en fait parce que je ne m’étais pas trop ouverte à d’autres modèles. Cet ami, qui travaille comme moi en médecine chinoise, était un peu dans le même état que moi, mais lui avait commencé à s’ouvrir. Donc, un jour, il m’a mis Changements entre les mains et il m’a dit : « Voilà, lis ça et dis-moi ce que tu en penses. »  Cela a été une vraie bouffée d’oxygène. J’ai vraiment accroché, donc, à partir de là, j’ai lu à peu près tout ce qui pouvait me tomber sous la main de ces auteurs américains, l’équipe du MRI.  Lui continuait ses recherches et il m’a ensuite fait lire « Un Thérapeute hors du commun : Milton Erickson »[2], et ça a été à nouveau un coup de foudre pour ce génie clinique qu’était Erickson. À partir de là, on a décidé ensemble de se former.  Ce qui nous semblait la référence, c’était l’IGB. En attendant qu’on y aille, parce qu’il fallait qu’on trouve les financements, j’ai, de mon côté, entrepris un début de formation avec l’institut Erickson qui se trouvait à côté de chez moi. Je continuais l’hypnose quand on a attaqué l’IGB. On a fait plusieurs modules et puis mes amis ont dû arrêter pour des questions d’agenda, d’organisation etc. Comme c’était une aventure à trois, je ne voulais pas continuer sans eux mais en même temps, ça m’avait bien mis l’eau à la bouche. À côté de ça, je me rendais compte que l’hypnose n’était pas ce que je voulais faire : ce n’était pas assez formel pour moi. Donc, j’ai fait deux ans d’hypnose et j’ai arrêté. Mais en reprenant mes cours de l’IGB, dans mon cahier, j’ai trouvé une note que j’avais écrite « à l’arrache », dans une marge :  il y avait un nom, Emmanuelle Piquet. C’était une étudiante qui m’en avait parlé, je ne la connaissais pas du tout donc je suis allée voir ce que faisait Emmanuelle, qui elle était, je suis allée voir sur le site, etc.  Puis, j’ai décroché mon téléphone et voilà !

Gaëlle continue à pratiquer la médecine chinoise

Oui, bien sûr. C’est vraiment mon cœur de métier. C’est très réjouissant parce qu’il y a énormément de ponts entre les deux, ne serait-ce qu’au niveau du « changement ». Le « changement », dans la culture chinoise, dans la pensée chinoise, est omniprésent. J’ai été très heureuse de voir que des gens faisaient ces ponts, notamment Dany Gerbinet dans son ouvrage Le Thérapeute et le philosophe[3].  Il parle beaucoup d’un ouvrage qui est un peu le terreau culturel de la pensée chinoise et qui s’appelle le Yi Jing. C’est le livre des changements, justement, le grand livre du Yin-Yang. Il y a énormément de principes – c’est extrêmement étonnant en fait – que je retrouve en thérapie brève et qui me parlent : ce sont pour moi des principes évidents, en fait. Par exemple, l’équifinalité, le fait qu’un même phénomène va provoquer différents effets, tout comme différentes causes pourront provoquer le même effet.  C’est tout à fait évident en médecine chinoise, ça l’est beaucoup moins, je trouve, dans la pensée occidentale, la pensée linéaire.  J’enseigne aussi la médecine chinoise et maintenant, j’utilise aussi beaucoup de vocabulaire de la thérapie brève :  les causalités circulaires, les feedbacks, les cercles vicieux…  On retrouve ça même dans la physiologie et aujourd’hui je pose des mots différents dessus. Donc, je suis très à l’aise dans les deux pensées et ça me paraît tout à fait évident de parler maintenant de liens circulaires et de feedbacks entre les organes par exemple ! C’est assez rigolo.

Ces principes d’équipe finalités m’intéressent beaucoup. C’est voir les rapports et les relations en tant que des boucles circulaires, des boucles avec des ponctuations très différentes, même dans les échanges quotidiens. Rien que dans le cercle familial, observer la ponctuation et parfois voir quand la conversation dérape un peu, quand on commence à pointer, par exemple, des responsabilités ! On la retrouve partout cette circularité et donc, évidemment, en consultation aussi. Il y a énormément de patients qui viennent me voir en médecine chinoise pour des problèmes physiques où physiologiques, mais ils me racontent beaucoup de choses de leur vie. C’est super pour moi de pouvoir maintenant distiller dans mes consultations de médecine chinoise, par rapport justement à cette ponctuation, aussi des recadrages.

Le moment de la thérapie que Gaëlle préfère

Pour l’instant, parce que je suis encore pas encore très chevronnée – on va dire pour l’instant ! [rires] –, ce que je préfère, c’est quand la thérapie se termine. Je ne sais pas si on peut le dire comme ça, mais j’ai encore peur de faire des « bêtises » pendant mes consultations. Donc, quand ça se passe bien, évidemment après supervision, quand ça se passe bien, quand le patient termine la thérapie et qu’il est plutôt satisfait, là c’est le ouf de soulagement [rires].

Ce que Gaëlle redoute ou l’empêche de dormir au cours des accompagnements

Je crois que, tout le long de la thérapie, je peux avoir de grosses périodes d’insomnie parce que je me demande si j’ai bien fait, si j’ai bien fait ce qu’il fallait, si j’ai posé les bonnes questions, si je suis allée au bon endroit, si je n’ai pas loupé un truc… donc oui, ça m’empêche assez facilement de dormir tout comme quand on était en intensif, je ne dormais pas très bien la veille ni le soir même de l’intensif [rires]. Ça m’empêche de dormir non pas par anxiété ou par stress mais par excitation. Il y a une espèce de d’hyper excitation du cerveau, ça fuse dans tous les sens et je revisite les consultations ou les cas ; je me dis « Non, en fait, je n’aurais dû faire ça… » Je ne dors pas puisque je réfléchis. Ce n’est pas du tout du stress, c’est juste de l’hyper agitation en fait, de l’hyper excitation et c’est ça que je recherchais aussi, parce que j’avais l’impression, il y a quelques années, de m’éteindre dans un rythme peut-être un peu plan-plan en médecine chinoise. J’avais sûrement – prétentieusement – l’impression d’avoir fait le tour, ce qui est complètement faux parce que évidemment on n’a jamais fait le tour, surtout de ça.

La thérapie brève et toute cette « créativité » m’ont redonné un gros coup de fouet, et du coup, ça m’a redonné aussi énormément d’élan en médecine chinoise donc c’est assez chouette.  Je parle beaucoup de médecine chinoise, mais je peux pas faire autrement en fait, parce que les liens entre les deux pensées me semblent évidents.


[1] P. Watzlawick, J. Weakland, R. Fisch, Changements – Paradoxes et psychothérapie, pour la version française : Points Seuil (1975)

[2] Jay Haley, Un Thérapeute hors du commun : Milton Erickson, pour la version française : Desclée de Brouwer (1984)

[3] Dany Gerbinet, Le Thérapeute et le philosophe, Enrick B. Éditions (2017)