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À 180 Degrés / Chagrin Scolaire

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Les thérapeutes recommandés ont la parole – Épisode 8 : Karine RENARD

KARINE ET PALO ALTO, ça a commencé parce que…

Une de mes amies avait fait travailler Emmanuelle Piquet qui était venue dans son entreprise, mais surtout elle m’avait dit : « Emmanuelle a sauvé mon fils. »

Elle m’a alors raconté, avec ses mots, qu’elle prenait beaucoup en charge son fils. Lui, était dans sa chambre toute la journée, à fumer du shit et à jouer à des jeux vidéo. Mon amie n’avait cessé de lui dire : « Écoute, tu as des capacités, il y a beaucoup de choses que tu peux vraiment réussir, etc. » pour le faire réagir, en vain.  Emmanuelle lui a proposé : « À partir de maintenant, tu vas lui dire que tu vas le placer dans un institut, parce qu’il ne fera vraisemblablement jamais rien ». Mon amie m’a expliqué qu’elle avait 30 jours pour dire ça avant de revoir Emmanuelle et qu’elle a attendu le dernier jour pour le faire. Alors, il y a eu des cris, des claquements de porte et, quand elle est rentrée ce soir-là, il n’était pas là. Elle s’est dit : « Ça y est… il est parti de la maison… » Elle ouvert le placard de son fils pour voir s’il avait pris ses affaires. Ce n’était pas le cas. Le soir, il est rentré en disant qu’il avait travaillé toute la journée, alors que cela faisait deux ans qu’il était enfermé dans sa chambre. J’ai trouvé ça incroyable.  Ensuite, dans le cadre de « La Fabrique du Changement[1] », Emmanuelle est venue donner sa conférence intitulée « De la cour de l’école à la machine à café ». Je crois que je n’ai pas raté un mot de ce qu’elle a dit :  j’ai bu ses paroles et à la fin, je voulais aller la voir pour lui demander si je pouvais négocier avec elle pour qu’elle me forme ! Je ne savais pas qu’il y avait « Chagrin scolaire », le centre de formation. En fait, elle a tellement été prise d’assaut que j’ai pas pu aller la voir et je me suis dit qu’après l’événement, je l’appellerai. Trois semaines après, je vois un poste sur LinkedIn, au sujet d’une des promotions. Je me suis dit : « Super ! Elle forme ! » J’ai appelé pour me former. La systémique, j’en avais entendu parler pendant mes études de coach : Bateson, Watzlawick et « Faites vous-même votre malheur ».  Ma rencontre avec Palo Alto est déjà partie de là.

Les livres de chevet de Karine, sur le modèle de Palo Alto

Il y en a plein ! J’aime bien « Faites votre 180° » d’Emmanuelle Piquet, « Bref ! » de Muriel Chabert, « Le Thérapeute et le philosophe » de Dany Gerbinet.  C’est vraiment ceux que je préfère : ils sont faciles à lire, avec des exemples : c’est vrai que je fais pas mal de pub… et puis j’aime bien « Essaye encore ! » de Karine Aubry et Estelle Boutan, qui rejoint des problématiques professionnelles, même s’il n’est pas forcément facile à lire pour des gens qui ne sont pas initiés. Il y a aussi « Comment réussir à travailler avec presque tout le monde de Lucie Gil.

Karine est toujours coach, mais son activité comporte un volet « thérapie ».

J’ai des patients qui ne représentent pas la plus grosse part de mon activité parce que je n’aurai pas le temps : j’aime bien suivre mes patients.  Je trouve que c’est hyper intéressant d’avoir les deux aspects, le côté patientèle, pour aider les gens, et le côté qui me permet aussi de développer une autre façon de faire des choses dans ma pratique du coaching. Je ne fais plus de coaching « lambda », je ne fais que des coachings systémiques. J’aime bien travailler en intelligence collective et, parfois, je demande à un participant d’amener une problématique, de dire ce qu’il a fait, de réfléchir à ce qu’il pourrait faire de différent…Je ne parle pas alors de systémique, je parle pas de thérapie brève systémique et stratégique, mais je parle vraiment de faire autrement, de 180°, de faire le contraire de ce qui ne fonctionne pas. Quand je me présente, je dis que je suis aussi praticienne en thérapie brève, et du coup, il y des gens que je forme qui viennent me consulter.

À propos de ma pratique professionnelle, je constate qu’il y a beaucoup de souffrances dans l’entreprise, et à 90%, ce sont des problématiques relationnelles : relations avec les autres, avec soi-même. Je trouve dommage que le modèle de Palo Alto ne soit pas, ou pas assez, dans l’entreprise. Je voudrais rajouter aussi une chose ; souvent des gens me demandent si je fais des formations sur « l’estime de soi ». Avant, j’aurais répondu : « Mais oui, bien sûr, je fais des formations, voici les dates : il suffit de s’inscrire ». Maintenant, je propose un coaching, qui coûtera moins cher et qui sera beaucoup plus efficace !

À ce sujet, quelque chose m’a pas mal perturbée. Je présentais ma manière de mener les coachings systémiques et stratégiques à des formateurs en expliquant qu’avant je faisais des accompagnements de dix séances et que désormais, trois ou quatre peuvent suffire. L’un d’eux m’a alors dit : « Ah bon ! Mais alors, tu gagnes moins bien ta vie !? » Ça m’a tellement étonnée. Moi, je suis au service de mon client et mon but est que les choses s’améliorent le plus rapidement possible. « Oui, mais tu vas faire moins de séances, donc tu factureras moins… ! ». J’avais trouvé son raisonnement hallucinant, cela m’avait beaucoup perturbée… Mais nous sommes dans une relation d’aide, enfin ! Je ne suis pas là pour surfacturer. D’autant plus que, justement, les gens me rappellent après, pour d’autres problématiques. 

Ce que Palo Alto a changé dans la vie de Karine

Même si c’est dur de lâcher, j’ai pu dire à mon enfant qui prépare le bac de français et qui ne travaille pas beaucoup à mon avis : « Écoute, de toute façon tu bosses pour toi et c’est toi qui prend le risque ne pas pouvoir faire ensuite l’école que tu veux. » C’est très difficile, quand les gens nous parlent, de vraiment s’assurer de ce qu’ils demandent. Quand on est face à des amis qui viennent avec un problème, est-ce qu’ils ont juste besoin d’une écoute amicale ? est-ce qu’ils ont besoin de la coach ? de la thérapeute ? Je trouve qu’en cela, j’ai changé :  je m’assure de ce que les gens veulent, de ce qu’ils demandent. Cela rejoint la prémisse selon laquelle il ne faut pas « vouloir plus que ce que les gens veulent. » Si la personne ne veut pas, si elle n’est pas encore assez dans la souffrance pour vouloir changer, c’est OK.  Cela relève de sa responsabilité et on le respecte. Mais c’est parfois bien dur.

Il y a aussi que je n’ai pas du tout le même regard sur le monde : cela vient de la non-normativité du modèle, alors que nous sommes imprégnés de normativité. Dans un hôtel, à Naples, où j’étais avec mon club de dirigeants, il y avait un mariage sur le roof top où nous étions allés boire un verre. Là, je vois le marié, qui saluait ses invités. J’ai commencé à discuter avec lui, en italien. Je lui demande où est la mariée, « la sposa ». Et il me dit : « le » marié, « lo sposo ». En français, avec la liaison, entre « l’heureux élu » et « l’heureuse élue », on ne sait pas si c’est un homme ou une femme. J’ai vu alors comment on peut être imprégné d’idées préconçues : j’étais en Italie, pays catholique… [rires].

Ce que j’aime, c’est le côté non-normatif du modèle. Par exemple, prenons le cas des enfants testés HPI. Quand quelqu’un est testé HPI, on en fait quoi ? C’est quoi la normalité ? Je lutte contre ça en disant aux patients que le risque de faire tester son enfant est qu’il soit étiqueté.

Ce que Karine aime particulièrement dans un accompagnement et ce qui pourrait l’empêcher de dormir…

J’aime la phase de questionnement, la recherche des TR, la mise en évidence de la problématique : comprendre ce qui se passe et ce qu’ont fait les gens pour résoudre le problème. En général, je vois assez vite quelle est la problématique. En revanche, pour ce qui concerne la tâche, c’est parfois plus délicat…

Je connais une mère dont la fille de 13 ans est déscolarisée et qui, du coup, reste dans sa chambre toute la journée.  Sa mère laisse traîner des livres partout : « J’ai un problème avec mon ado », « Mon ado est bipolaire », que des livres de ce genre, qui renvoie à la gamine qu’elle a vraiment un problème. On ne peut pas vouloir plus que l’autre, je n’ai pas voulu insister, mais je lui ai dit qu’il existait des choses, que Chagrin scolaire faisait des miracles, que le travail en « cerveau collectif » fonctionne bien. Cela fait deux ou trois ans qu’elle est en galère avec sa fille, qui maintenant est dans un institut spécialisé où elle est médicamentée. Je trouve que c’est très difficile, intellectuellement, parce que je n’ai pas pu l’aider, parce que je vois que ce qui est fait ne marche pas et que je sais qu’il y a des choses différentes à faire, très efficaces, plus que de la bourrer de cachetons et de lui dire sans arrêt qu’elle a un problème. On y revient : on ne peut pas vouloir plus que l’autre. J’ai fait ce que j’ai pu, j’ai envoyé un message à la gosse, avec l’accord de sa mère, mais elle a vu tant de psychiatres, de psychologues !…  Cette histoire m’a empêché de dormir.

Ce que je trouve difficile aussi, c’est de savoir à quel moment me faire superviser. Par exemple, j’ai reçu une maman qui, à la fin de la deuxième séance se met à pleurer. Elle me dit alors que son fils se tape la tête contre les murs quand elle lui demande de faire ses devoirs… il s’arrache les cheveux, se cogne la tête. C’est une autre problématique que celle pour laquelle elle est d’abord venue et je ne sais pas si c’est lié ou non. Je me demande que faire : c’est la fin de la séance et en cinq minutes, il faut creuser ça. Je me suis demandé si c’était le bon moment, s’il ne fallait pas prendre un autre rendez-vous avec elle. C’était compliqué. Finalement, je prévoyais de me faire superviser après la quatrième séance mais quand j’ai proposé un rendez-vous à cette maman, elle a refusé en disant que ça ne servirait à rien. Je me suis dit que j’aurais dû me faire superviser avant… elle continuait ses TR, même si je pense que mes tâches étaient bonnes. J’ai trouvé ça difficile, qu’elle veuille arrêter avant.

À quelqu’un qui voudrait se lancer dans l’aventure de la thérapie brève, Karine conseillerait…

…d’aller s’inscrire chez « Chagrin scolaire » ! Je lui conseillerai les livres dont nous avons parlé, notamment « Faites votre 180° » et « Le Thérapeute et le philosophe ». Et aussi « La systémique », de Daniel Durand, dans la collection « Que sais-je ? » que je trouve très bien fait. Ensuite, au moment de se lancer dans la formation, je conseillerai de partir d’un exemple de problématique personnelle, de réfléchir à tout ce qu’on a beaucoup fait pour régler le problème, de noter tout cela puis, au cours du parcours fondamental, de voir en quoi on a une certaine incidence sur le système.

Être dans l’annuaire

Je trouve que c’est ça, le chemin ; ça ne rapporte pas forcément de patients, mais je trouve que c’est important, c’est comme si je gardais un lien, une certaine légitimité. Non pas que je n’aurais pas de légitimité si je n’étais pas dans l’annuaire, mais c’est important d’appartenir à une communauté.

Propos recueillis par Muriel MARTIN-CHABERT


[1] Évènement professionnel sur l’innovation managériale et les nouvelles façons de travailler.