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Jan22

Les praticiens de l’annuaire ont la parole – Episode 5 : Perrine Papillard

Perrine et le modèle de Palo Alto : une rencontre précoce.

Ce modèle, je l’ai connu il y a 20 ans !

Au départ, je voulais être journaliste – ce que j’aimais, c’était écrire – et après hypokhâgne, j’ai passé des concours et je suis rentrée au CELSA (Centre d’Études Littéraires et Scientifiques Appliquées), au sein de Paris-4-Sorbonne. Je faisais donc ces études pour devenir journaliste et j’ai découvert les métiers de la communication. Dans le socle de base, on étudie l’ensemble des disciplines qui composent les sciences de l’information et de la communication : les sciences humaines, la sociologie, la sémiologie, la cybernétique… et on y découvre évidemment les fondateurs de l’école de Palo Alto : Watzlawick, Bateson, Wiener, Weakland et tant d’autres : toutes ces prémisses que j’ai retrouvées dans notre formation ! Pour moi, une boucle s’est bouclée.

Ensuite, j’ai travaillé dans la communication une dizaine d’années dans des entreprises, dans des agences de conseil, à la fois pour de la communication externe, interne et de la communication RH.

Et puis, j’ai (re)découvert ce modèle de Palo Alto, concrètement, car je l’ai vécu personnellement : mon fils était tout petit, on avait un souci de petite enfance, et là, les dames de la crèche me disent : « Ah ! mais on est allé à une conférence hier soir, c’était vraiment intéressant… bon… on n’est pas d’accord avec tout, ça décoiffe un peu quand même, mais Emmanuelle Piquet… » Bon, voilà. J’ai dit : « Très bien, je prends rendez-vous. »

À ce moment-là, je suis rentrée dans le vif du sujet, j’étais dans le bain tout de suite, en tant que patiente. J’ai trouvé que c’était redoutablement efficace et très rapide. La première séance a été la bonne. J’ai consulté pour un autre souci, et là encore, j’ai trouvé que c’était vraiment très puissant. Et puis, j’y suis retournée pour discuter de moi, de mon parcours professionnel, je me posais plein de questions sur d’éventuelles pistes et c’est Emmanuelle [Piquet] qui m’a dit à ce moment-là : « Je te verrais tellement faire ce métier, être là, à ma place ! J’ouvre un Parcours Fondamental l’année prochaine. Viens et vois si ça te plaît. » Et c’est comme ça que je suis venue à la thérapie brève alors que moi, je n’avais pas du tout pensé à ça, en fait. Je me suis dit : « Après tout, pourquoi pas ? ». Quand j’ai commencé le premier module, j’ai retrouvé une espèce de logique, de cohérence, de choses que j’avais déjà entendues mais que j’ai alors vues sous un autre angle. Cette culture « Palo Alto », je la connaissais, j’étais familière de cet univers : ça tombait sous le sens.

La « bible » du modèle de Palo Alto pour Perrine

J’ai lu, pour commencer, Faites votre 180°[1], que je cite parmi les livres importants pour moi parce qu’il dit bien le côté fabuleux du modèle. Et puis, et c’est un des premiers livres lus, «Tactiques du changement [2]». Ça reste ma bible, j’ai dû le lire trois fois ! Il y a tout dedans, et j’aime beaucoup ce livre pour son côté scientifique, les retranscriptions, cette méthodologie. J’aime beaucoup aussi ce côté très rigoureux. 

Un aspect du modèle qui semble essentiel

La communication orale, qu’on avait beaucoup travaillé lors de mes études premières, la communication interpersonnelle, est, pour moi, essentielle, parce que c’est par là que va passer (ou pas !) l’efficacité de la thérapie. On a été très fortement entraînés à cela au cours du Parcours Fondamental et c’est quelque chose qui me guide énormément, je m’en rends compte au quotidien avec mes patients. On peut lire tant de choses dans l’attitude du patient, dans ce qu’il ne va pas dire, dans sa façon d’être.

Cette connaissance de la communication non-verbale qu’on a décortiquée [en formation], qu’on a beaucoup travaillé, se peaufine avec les années, je trouve. Cela rejoint l’axiome proposé par Watzlawick : « On ne peut pas ne pas communiquer »

Un modèle qui modifie la vie personnelle

Depuis que je suis formée, et comme je l’apprends à mes patients, j’écoute mes émotions, qui sont de véritables boussoles. Et ça change tout. Je gagne du temps et de l’énergie ! C’est la même chose pour le côté  non jugeant du modèle. Quand on voit quelqu’un arriver au cabinet, on ne sait pas qui c’est, on ne connaît pas son histoire, on ne peut pas savoir. Et d’avoir vraiment expérimenté cette absence de jugement dans ma façon d’aborder n’importe quelle personne, ça me donne encore plus envie d’aller au-devant de n’importe qui, parce que chaque personne a une histoire toujours incroyable. On n’est rarement déçu par une rencontre.

Un autre grand changement s’est fait aussi dans ma façon d’éduquer mes enfants. La mise en œuvre d’une souplesse, en fait, qui fluidifie les relations au quotidien. Cette souplesse que je continue d’acquérir, car je n’ai pas fini, et je pense qu’on n’a jamais fini d’être changé par le modèle.

Ces choses qu’on ne fait plus quand on connaît le modèle de Palo Alto.

Je ne dis plus à mes enfants : « Arrêtez de vous disputer », alors que je l’ai dit pendant des années. Parfois mon mari me dit encore : «  Mais on ne peut pas les laisser s’entretuer quand même ! » mais c’est justement parce qu’on n’intervient plus qu’ils sont obligés de faire en sorte de ne pas s’entretuer ! Je suis sortie de ce rôle de juge et d’arbitre, ce qui a considérablement diminué le nombre de disputes entre mes enfants, l’enjeu étant nettement moins intéressant !   

Ce que je fais un peu plus maintenant, c’est  aussi d’aller rejoindre une personne dans ses émotions, ou de dire ce que moi je ressens. Et je me rends compte de la puissance contenue dans le fait de dire ce que l’on ressent aux autres, de métacommuniquer sur ses propres émotions : cela autorise l’autre à reconnaître qu’il a des émotions et à les communiquer aussi. C’est notamment intéressant avec ses propres patients. J’ai eu un patient, il y a quelques mois, pour lequel pendant les quatre premières séances, j’ai pleuré à sa place. Lui ne pouvait pas pleurer, et je pense qu’il venait pour ça. Il en avait besoin. Et maintenant, c’est lui qui pleure.

Le conseil de Perrine à qui veut se former à la thérapie brève stratégique

J’ai eu un parcours de rêve, car expérimenter la thérapie brève stratégique pour soi-même est sans doute la meilleure école, afin de savoir où l’on met les pieds et où l’on va. Le vivre au moins une fois avant de passer de l’autre côté du miroir, je pense que c’est vraiment à faire. Pouvoir consulter, c’est une expérience émotionnelle extraordinaire, tellement agréable et enveloppante ! D’ailleurs, je me souviens que c’était à l’origine d’un de mes freins à me lancer dans cette formation, et je l’avais dit à Emmanuelle : « Mais, je ne pourrais plus jamais être patiente ! » Emmanuelle m’avait répondu : « On a tous le nez dans le guidon, quand on est dans nos propres problèmes, [être thérapeute], ça ne change rien en fait. » Et c’est vrai : ça ne change rien ! [rires] C’est ça qui est drôle ! Je m’en suis vite rendu compte, j’ai été assez vite rassurée sur la question ! [rires].

Je conseillerais aussi d’observer des séances, quand on a la chance de pouvoir le faire. C’est dans ce vécu qu’on voit ce qui se joue, ce qui se passe là. Et puis, ensuite, toutes les lectures sont intéressantes. Je réfléchissais à des lectures qui m’inspirent aujourd’hui, mais en fait, c’est tout. C’est-à-dire que n’importe quelle émission à la radio, une interview d’un acteur, d’un auteur, d’un comédien, ou une rencontre dans la rue, en fait, tout est…  Tout n’est pas thérapie brève, mais tout est  apprentissage. C’est une autre paire de lunettes, qu’il faut s’entraîner à chausser.

Le moment que Perrine préfère dans les thérapies

Ça pourrait paraître complètement sadique, mais j’aime bien quand, au bout de quelques minutes, le patient pleure, parce que là, je me dis : « Ouf… ça y est. Il a posé ses bagages ». C’est que les premières minutes sont assez décisives, et au moment où le patient pose ce qui lui pèse, on peut se dire qu’on est en confiance, une barrière a cédé, on est dans notre bulle. On ne peut pas tricher, ni le patient ni le thérapeute et quand on y est, on se dit : « Bon, on est sur les rails, ça va, on est bien partis. » Parfois, il n’y a pas ça, on cherche longtemps où est le problème, on ne trouve pas, et c’est plus compliqué. Quand le patient pleure, on sait qu’on est bien où il faut, là où il y a de la souffrance. On va pouvoir travailler.

Un autre moment que j’adore, c’est, quand on a conçu une flèche[3] pour un enfant, la façon dont il s’en saisit.  Ça ne trompe pas. Quand il se met à éclater de rire, on se dit : « Là, c’est gagné, il la prend ». Alors qu’on parle de situations parfois hyper dures, quand on voit le sourire sur le visage d’un gamin, ou qu’il est plié en deux sur le canapé, on pense : « ça a l’air de lui plaire ! ». [C’est important qu’il prenne l’exercice, qu’il soit prêt à le faire]

Mais globalement, je suis hyper touchée par tous mes patients. Je pensais travailler plus avec des enfants et en fait je vois beaucoup d’adultes, et je suis hyper touchée par la démarche des adultes qui viennent, de leur confiance. Ils viennent se confier, oui, ils viennent se confier physiquement, émotionnellement, et je suis très honorée. C’est une responsabilité. Je suis touchée par cette démarche, ce n’est pas évident. Et je leur dis. C’est aussi pour ça que ce moment où ils pleurent me touche particulièrement.

Au cours d’une thérapie, il  y a parfois des choses difficiles à vivre pour le thérapeute  

Quand un patient a une idée de suicide chevillée au corps, c’est quelque chose de compliqué pour moi. Je redoute le passage à l’acte, je me dis que je ne suis pas là pour l’influencer, mais on a absolument envie qu’il s’en sorte quand même, évidemment.

Le fait de laisser le patient choisir une autre voie que celle qu’on aurait souhaité pour lui est aussi quelque chose de difficile pour moi. J’ai reçu une personne qui ne mangeait pas.  Elle était venue pour être plus mince et plus heureuse, plus heureuse parce que plus mince… Elle pensait qu’elle aurait vraiment les deux, et elle ne voulait pas renoncer. Elle disait qu’elle n’arrivait pas à maigrir, alors qu’elle était magnifique. Elle avait atteint un stade où même en mangeant moins, son corps lui disait « stop », en fait : elle n’arrivait plus à maigrir, malgré tous ses efforts…Ce qui avait été dur pour moi, je m’étais fait superviser par Emmanuelle, ce fut de dire : « Je pense que c’est ou moi pour être plus heureuse, ou une diététicienne pour être plus mince », en sachant que peut-être elle allait choisir d’être malheureuse.

C’est vrai que c’est une des choses avec lesquelles je suis le plus mal à l’aise, l’alternative. Parce que je trouve ça dur, en fait. Et en même temps, c’est ce qui fait souvent le petit ressort sous le talon pour que le patient rebondisse et se décide. Mais parfois, il faut accepter qu’il ne décide pas dans le sens qu’on trouve bon pour lui. C’est son choix et non pas le nôtre. Le patient est libre :  c’est ce qui fait la force de ce modèle.

Le choix d’être dans l’annuaire

Pour moi, c’est une garantie, celle d’être dans la lignée de l’école de Palo Alto, de s’inscrire dans l’exercice rigoureux de la thérapie, par rapport à la responsabilité qu’on a envers le patient. C’est ultra important pour moi aussi d’avoir ce sentiment d’appartenance à une équipe, d’autant plus que j’apprécie énormément l’équipe de Chagrin Scolaire et toutes les personnes qui font partie de l’annuaire ! Ce qui est  essentiel, c’est enfin de pouvoir partager, échanger sur nos cas, être supervisée, pouvoir apprendre tout le temps. C’est indispensable pour travailler avec efficacité.

Un patient marquant

C’était mon premier patient au cabinet, qui n’était vraiment pas bien : il était sous anxiolytique, sous anti-dépresseurs. Il avait de grosses questions professionnelles, très compliquées, avec une dimension affective, familiale attachée à cette problématique, il ne s’en sortait pas. Il ne dormait plus, ne mangeait plus, n’ouvrait plus ses mails… Il était vraiment dans le tunnel. Et, au cours de la thérapie, j’ai vu le moment où il savait où il allait. Il avait changé… il avait surtout envisagé le pire de ce qui pourrait se passer, ce qu’il évitait jusqu’alors.

Dès la salle d’attente, j’ai vu qu’il était sorti de ce tunnel, parce qu’il avait un autre visage. Il m’a fait un grand sourire. Je me suis même demandé pourquoi il était revenu ! C’était incroyable, cette dernière séance, parce qu’il était reparti de l’avant, heureux, reconnaissant, ayant vu une issue qu’il n’avait pas envisagée, (qui n’était pas inenvisageable pour lui quelques semaines avant). Et puis… c’est drôle ! … il m’a envoyé [ensuite] sa femme, sa fille… [rires] 

C’est vrai, c’est  formidable de voir  son patient sortir d’une phase de désespoir, de détresse ! Cet homme, il aurait pu mettre fin à ses jours, tellement il était mal.

Il y a autre chose que Perrine a envie de dire

Ce que j’adore dans ce métier, c’est aussi le côté théâtral. Il y a vraiment quelque chose de l’ordre de la « mise en scène ». D’un côté, on ne peut pas tricher. On fait ce métier avec tout son être, son corps, son âme.  

Et d’un autre côté, au cours des séances, on sent le moment où il faut mettre sa cape de thérapeute… un peu comme un avocat  qui enfile sa robe… Il y a une espèce de jeu scénique qui est hyper important, justement quand on propose une tâche, quand on présente une alternative. On parlait de la communication non-verbale, mais elle n’est pas seulement le fait du patient, elle émane aussi du thérapeute. Elle est importante parce qu’on fait passer énormément de choses physiquement, en parallèle des mots, de la formulation, des métaphores que l’on raconte… Par exemple, se mettre « en fond de siège » pour ne pas vouloir plus que le patient ; répondre par un silence, et rien d’autre, pour dire qu’on n’est pas tout à fait d’accord… C’est de la communication sur toute la ligne.

Je me dis tous les jours que j’ai une chance incroyable de faire ce métier !


[1] Emmanuelle PIQUET, Faites votre 180° ! – Vous avez tout essayé, et si vous tentiez l’inverse, Payot Psy (2015)

[2] R. FISCH, J. H. WEAKLAND, L. SEGAL, Tactiques du changement – Thérapie et temps court, Le Seuil (1986)

[3] Une flèche, dans la terminologie des thérapeutes formés par Chagrin scolaire, est une réplique défensive conçue sur mesure et spécifiquement pour qu’un enfant harcelé apprenne à répondre et à modifier sa posture dans la situation de harcèlement, notamment en rendant risible la posture du harceleur.

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