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Juin22

Les praticiens de l’annuaire ont la parole – Episode 4 : Yves Ulmann

Le modèle de Palo Alto est entré dans la vie d’Yves…

 …il y a une bonne dizaine d’années. A l’époque j’envisageais de devenir psychanalyste. Mais j’avais comme une réticence,  qui m’interrogeait : « Est-ce que, vraiment, je pourrais passer 2, 5, 8 ans à écouter deux ou trois fois par semaine les mêmes boucles ? » Vraiment je me posais cette question. Il y avait dans ma vie une femme très importante pour moi, une psychologue clinicienne qui s’était formée à l’IGB[1]. Elle m’a suggéré d’aller voir à quoi ressemblait le modèle et m’a donné L’Homme relationnel, le livre de Jean-Jacques Wittezaele. Je me suis inscrit au module 1.

Petit à petit, j’ai enchaîné les modules. Et puis, un jour, je croise dans la rue une formatrice : « Ah… Yves ! C’est vraiment bien.  Il faut que tu continues ! » Elle avait la réputation – mais je ne l’ai su qu’ensuite – de dire ça à tout le monde.  Elle l’a présenté de manière assez habile: « Tu fais partie des rares qui, vraiment, doivent continuer ». Si ça ne flatte pas trop l’ego, ça réconforte un peu les gens qui doutent chroniquement  ! [rires]  ça m’a bêtement rassuré, donc j’ai continué.  Ensuite, j’ai demandé à Dany Gerbinet[2] de faire un intensif[3] avec lui. Il a été un peu surpris, soulignant : « Que tu fasses un peu la formation comme ça, d’accord, mais si j’ai bien compris,  tu travailles à des scénarios de cinéma, tu n’as rien à voir avec la thérapie, de près ou de loin, tu ne fais pas de coaching… » Devenir praticien, pour moi c’était pourtant évident.

De manière très processive, en fait, j’ai été happé par le modèle. Au début, je m’en servais pour améliorer les relations dans le cadre de mon travail, certaines relations avec des réalisateurs ou des producteurs ; j’ai commencé à m’en servir dans ma vie privée. Ça m’a permis d’un peu mieux aider mon fils avec lequel je ramais pas mal.  Il y a un moment où j’ai fini par me rendre compte que quand je faisais plus de la même chose qui ne marchait pas, ça n’arrangeait rien [rires].

Vivre le modèle et ainsi valider sa pertinence.

Je suis, sans complaisance, un peu timide ; j’ai le trac… une fois que j’y suis, ça va. Mais avant … ! Je me souviens, je devais faire une intervention à Rome,  en anglais, devant des gens de tous les pays, sur l’état du cinéma français. Je n’étais déjà pas extraordinairement à l’aise et en arrivant, je me rends compte que le brief qu’on m’avait fait était complètement foireux. On m’avait demandé une communication sur l’état du cinéma français, alors qu’en fait, il s’agissait de promouvoir Rome comme ville du cinéma pour l’UNESCO ! Il y avait un décalage… j’étais hors-sujet ! Complètement. Celui qui m’avait briefé ne savait pas exactement ce qu’il fallait me demander. Donc il a dit : « Bon, et bien voilà : tu es français, tu vas nous parler du cinéma français, un peu économique, un peu artistique ». Alors, là… Palo Alto m’a aidé !

J’avais quelques feuilles de papier, un déroulé de mon exposé et des données chiffrées et j’ai annoncé que je détestais parler en public, que j’allais vraisemblablement me perdre dans mes notes, bafouiller, car ce n’était pas ma langue maternelle, et que, cerise sur le gâteau, j’étais totalement hors-sujet, comme si je m’étais trompé de pièce et de séminaire… Les gens se marraient un peu… Cette annonce m’a permis de réfléchir vite, à comment débuter. À un moment, mes feuilles sont tombées : « Je vous avais prévenus ». Alors que c’était un cauchemar, finalement, ça s’est bien passé. Mais sans Palo Alto, sans avoir appris à annoncer, c’eut été l’horreur.

Autre exemple, je fais pas mal de consultations pour le cinéma, sur des scénarios, avec des professionnels, notamment dans des ateliers d’écriture, en France, au Maroc ou ailleurs, ou avec des étudiants. La plupart, pas tous, sont clients au sens de Palo Alto, au sens thérapeutique.  Alors je commence par leur demander ce qu’ils attendent de moi :  «Qu’est-ce qui fera que vous pourrez dire que vous avez bien fait de venir ? » Et ils sont fréquemment décontenancés par la question ! Plus que les patients, forcément. Mais ça les fait vraiment travailler. Je mets alors en œuvre le processus de questionnement thérapeutique jusqu’à chercher les TR, ce qu’ils ont fait pour résoudre leurs problèmes.

Il n’y a pas longtemps, quelqu’un était très content d’une grande partie de son scénario, mais il y avait des endroits où ça bloquait et il n’arrivait pas à comprendre pourquoi. Donc, je lui ai demandé ce qu’il avait essayé de faire pour résoudre le problème. Il avait tout essayé, restructuré son scénario, écrit de nouvelles scènes, en avait réduit ou en allongé certaines, bref tout essayé. Dans un seul but, celui de faire exister un personnage auquel il tenait pour des raisons intellectuelles et affectives mais qui n’avait pas de nécessité dramaturgique… Il avait donc tout essayé, sauf remettre en cause l’existence même de ce personnage. Et tout d’un coup, ça lui paraît évident : il aimait l’idée de ce personnage, faisait tout pour parvenir à l’imposer mais le scénario le rejetait inlassablement. Sans lui, tout devenait fluide et lisible.

Ça ne me vient pas forcément à la lecture. Je vois bien que ça ne marche pas, sans savoir clairement pourquoi. Ici, c’était un problème de but conscient. Et ce sont bien les questions sur les tentatives de régulation qui l’ont fait comprendre. C’est juste qu’on a besoin d’un accompagnement pour voir les choses autrement.

Le moment qui met Yves en joie pendant les thérapies :

Une transformation physique de la personne. Quelqu’un qui arrive les épaules voutées, les pieds en dedans, ayant même du mal à regarder dans les yeux et qui, au fil du temps, se redresse.  Recommence à sourire. Je recevais un homme, qui ne pleurait pas du tout, il n’était pas triste ; il était juste fermé, enfermé dans son problème. Il n’avait pas d’émotion, apparemment. Il était juste épuisé et venait parce qu’il était épuisé chroniquement. Et ce type, ultra fatigué, tu le vois qui gagne en énergie, tu le vois qui se redresse, tu vois que, physiquement, il est plus présent : ça, c’est que je préfère.  Maintenant il sourit tout le temps : il arrive souriant. Ça c’est merveilleux, quand les gens se remettent à sourire. Ou à rire. J’essaie de faire de petites blagues de temps en temps. Il y en a qui n’ont pas la capacité de rire, au début, et qui finissent par, eux-mêmes, faire des blagues… sur eux-mêmes. Ce que j’aime aussi, c’est quand les gens ont oublié le problème pour lequel ils étaient venus. C’est assez vertigineux.

Je repense à cet homme qui avait la phobie de la conduite sur autoroute. Alors qu’il devait conduire souvent, et dans les virages, quand il devait aller à droite, il avait l’impression qu’il ne pouvait plus contrôler la voiture et qu’elle allait forcément partir dans le décor. Donc il se penchait, comme sur un voilier, en lâchant la pédale d’accélérateur, la vitesse descendant jusqu’à 40 km/h. Très dangereux. Nous travaillons sur sa peur et, au moment des vacances, il avait décidé de partir en train, parce que la voiture, ce n’était pas possible pour lui. Je l’ai revu après ces vacances, je lui ai demandé comment ça s’était passé, le train. Il me répond : « Non, finalement, j’ai pris la voiture, parce que le train c’était compliqué, il y avait quatre changements, et c’était très cher ». Je lui demande alors comment ça s’est passé, en voiture.

  • « Bien, me répond-il, je suis allé chercher mes enfants à tel endroit, nous sommes allés à tel autre. 
  • Et vous avez pris les petites routes, pas l’autoroute ? 
  • Non, non,  j’ai pris l’autoroute.
  • Et alors, comment ça s’est passé  ?
  • Rien de spécial, normal… »

Et il m’explique qu’il s’est autorisé des petites pointes de vitesse, 160km/h, comme si sa peur de dévier dans les courbes n’avait jamais existé !

  • Donc, pour les virages à droite, pas de peur, d’appréhension ?
  • Mais non. C’est fini, cette histoire. »

Avec un effet boule-de-neige, et ça aussi, c’est très réjouissant. Ce n’est pas toujours le cas, mais le fameux effet boule-de-neige, quand ça arrive, c’est étonnant et c’est génial. Lui, par exemple, ça a commencé avec la conduite, ça a continué avec ses parents, puis son travail : il se sentait obligé de faire quelque chose dont fondamentalement il n’avait pas envie. Il a arrêté de vouloir faire cette chose-là autrement qu’à sa manière et comme ça lui convenait… Il a tellement bougé, qu’il y a eu une rupture avec sa petite amie… Ou cette très jeune femme en conflit permanent avec sa mère: après que la relation a été restaurée, elle a fait un travail incroyable, tout s’est ouvert, elle a empoigné sa vie, repris ses études, quitté son mec (tiens, elle aussi).

En fait, j’aime bien quand ça marche, même quand il y a des effets collatéraux douloureux, mais consentis [sourire].

Par conséquent, ce qui est inconfortable pour Yves, au cours des thérapies qu’il conduit

…c’est quand j’ai l’impression de ne pas comprendre le problème, quand c’est trop diffus, quand trop de choses sont mélangées. Parfois, j’ai l’impression que c’est très compliqué, pour moi du moins, d’arriver à trouver le point d’entrée pour ensuite amener à un 180 degrés global.

Dans ces cas-là, ce qui m’est pénible, c’est que d’une séance sur l’autre, j’ai l’impression que je me suis planté dans le thème des tentatives de régulation. Par exemple, avec des parents qui sont en conflit avec leurs enfants. Il m’est arrivé de croire que le sens général de ce qu’ils disent à leur enfant est « Mets-toi au travail », et après je me dis que non, ce n’est pas exactement ça, mais plutôt « Respecte-moi, respecte-nous ». La fois d’après, je me dis que non, ce n’est pas exactement ce qu’ils disent non plus, mais plutôt encore autre chose… ça, c’est aussi compliqué.

Entrer dans l’annuaire, c’est important pour Yves parce que

            Je tiens en haute estime les gens qui travaillent là –  [sourire malicieux] – et c’est être, d’une certaine manière, adoubé par eux. C’est bien. Et je me suis dit que ce n’était pas uniquement parce qu’on m’aimait bien… Je ne pense pas qu’on puisse exercer en étant isolé. C’est important d’être adossé à un groupe.

Un livre à conseiller

Quand on lui demande, Yves montre deux ouvrages de Paul WATZLAWICK, Faites-vous-même votre malheur et Comment réussir à échouer. Lui dont la prémisse préférée est la non-normativité, ajoute : « Ces anti-manuels de développement personnel me ravissent. Rien que la présentation, on est déjà dans le sujet. »


[1] L’Institut Gregory Bateson se présente ainsi : « Fondé en 1987 par une équipe de pionniers de la thérapie brève européens formés au Mental Research Institute de Palo Alto, Californie, l’Institut Gregory Bateson est un organisme destiné à diffuser, promouvoir et développer une vision interactionnelle et stratégique du comportement humain auprès des professionnels de la santé mentale et du grand public. »

[2] Dany GERBINET est thérapeute, formateur et auteur du premier roman de la thérapie brève, Le Baron chez les psys, Enrick B. éditions et, chez le même éditeur, d’un essai sur les liens entre la philosophie chinoise et la pensée de Gregory Bateson, intitulé Le Thérapeute et le philosophe.

[3] Formation supérieure au modèle de Palo Alto qui consiste à recevoir un patient en supervision directe, le formateur-superviseur suivant la consultation dans une pièce adjacente, par le biais d’une caméra et pouvant intervenir par téléphone pour ajuster les propositions du thérapeute.

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