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LE CYBERHARCÈLEMENT

Le plus gros problème en matière de fréquence et d’intensité du harcèlement en milieu scolaire aujourd’hui, c’est le cyberharcèlement

VRAIMENT ?

Ce que nous observons en thérapie depuis plus de 15 ans

  • Nous comptabilisons, au sein de nos centres, moins de 10% de cas de harcèlement en ligne sur les presque mille cas que nous recevons chaque année. Et aucune consultation pour cause de cyberharcèlement pur. Lorsque Internet est utilisé, c’est souvent via le groupe de classe WhatsApp et dans presque 100% des cas en prolongation de ce qui est vécu en face à face dans la cour par des gens connus de l’élève harcelé.
  • Nous ne constatons pas d’augmentation des cas de cyberharcèlement contrairement aux déclarations gouvernementales et médiatiques.
  • Le cyberharcèlement et le harcèlement en face à face ne sont pas différents dans la structure de la relation. Le cyberharcèlement est une modalité (média) supplémentaire utilisée par les harceleurs.

Ce que dit la recherche

Un ouvrage paru en 2021[1] s’appuyant sur différentes recherches consacrées au harcèlement déconstruit le mythe d’un cyberharcèlement plus présent et générateur de souffrances que le harcèlement relationnel :

  • Une étude qui a suivi 440 000 élèves américains (8 à 18 ans) entre 2007 et 2010 et 41 écoles norvégiennes entre 2006 et 2010 a démontré que le harcèlement en face à face est environ 4 fois plus présent que le harcèlement en ligne et qu’il n’y pas d’indices convaincants pour soutenir que le cyberharcèlement aurait des conséquences plus graves. Le cyberharcèlement vient généralement se combiner au harcèlement en face à face et semble parfois en ajouter une couche sans être nécessairement un facteur décisif [2].
  • Une analyse systématique de 2021 portant sur 80 études et plus de 300 000 adolescents démontre qu’il y a un très fort recouvrement entre le harcèlement en ligne et le harcèlement in real world[3]  .
  • Une étude de 2015 portant sur 28 104 adolescents dans 58 lycées du Maryland conclut que seulement 4,6 % des victimes ont subi uniquement du cyberharcèlement (sans harcèlement traditionnel)[4].
  • Une quatrième étude[5] montre que la majorité des enfants ne se confient pas à des adultes (parents) mais uniquement à des amis. La première raison est que les enfants craignent, en effet, de perdre leurs accès aux espaces digitaux et la deuxième raison est que les enfants n’ont pas confiance en leurs parents dans leur capacité à gérer la situation.

Pourquoi cette croyance d’un cyberharcèlement de plus en plus répandu ?

En raison d’un biais cognitif qui est celui de la cause unique qui nous pousse à attribuer un phénomène à une cause simple, visible et plus rassurante en ce sens qu’elle évite de mettre en cause des facteurs plus systémiques et notamment la responsabilité de la communauté adulte. En effet, il est plus facile de croire qu’il y a de plus en plus de cyberharcèlement en raison d’un usage de plus en plus répandu des écrans et des réseaux sociaux, que de regarder comment y mettre fin de façon concrète, en travaillant à hauteur d’élève. 

Donc, vraiment, il paraît inexact de prétendre que le plus gros problème en matière de fréquence et d’intensité du harcèlement en milieu scolaire aujourd’hui, c’est le cyberharcèlement

Au maximum, on observe un prolongement d’un harcèlement en face à face sur les réseaux sociaux et encore, dans un nombre limité de situations. C’est pourquoi, nous thérapeutes systémiciens selon l’école de Palo Alto considérons qu’il est important de travailler sur la structure relationnelle du harcèlement dans sa globalité, qu’il soit relationnel ou en ligne, et pas de segmenter les approches en fonction des media utilisés.

Juvonen, J., & Gross, E. F. (2008). Extending the school grounds ? Bullying experiences in cyberspace. Journal of school health, 78(9), 496-505.

https://www.jahonline.org/article/S1054-139X(14)00758-7/pdf


[1] Galand, B., Le harcèlement à l’école, Mythes et Réalités. Retz, (2021)

[2] Olweus, D., & Limber, S. P. (2018). Some problems with cyberbullying research. Current opinion in psychology, 19, 139-143. https://www.researchgate.net/publication/316260953_Some_Problems_With_Cyberbullying_Research

[3] Modecki, K. L, Minchin, J., Harbaugh, A. G., Guerra, N. G., & Runions, K. C. (2014). Bullying prevalence across contexts: A meta-analysis measuring cyber and traditional bullying. Journal of Adolescent Health, 55(5), 602-611.

https://www.researchgate.net/publication/265015497_Bullying_Prevalence_Across_Contexts_A_Meta-analysis_Measuring_Cyber_and_Traditional_Bullying/link/5a8123560f7e9be137c90b06/download?_tp=eyJjb250ZXh0Ijp7ImZpcnN0UGFnZSI6InB1YmxpY2F0aW9uIiwicGFnZSI6InB1YmxpY2F0aW9uIn19

[4] Waasdorp, T. E., Fu, R., Perepezko, A. L., & Bradshaw, C. P. (2021). The role of bullying-related policies: Understanding how school staff respond to bullying situations. European Journal of Developmental Psychology, 1-16.

[5] Juvonen, J., & Gross, E. F. (2008). Extending the school grounds ? Bullying experiences in cyberspace. Journal of school health, 78(9), 496-505.

https://www.jahonline.org/article/S1054-139X(14)00758-7/pdf