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À 180 Degrés / Chagrin Scolaire

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Bonne conscience à bas prix : le nouveau décret qui exclut le harceleur.

Nous en recevons quelque 600 par an. Moqués, ridiculisés, humiliés, ostracisés, ignorés.
Et nous les accompagnons pour que la honte change de bord. Pour que leurs harceleurs, jusque là gonflés de popularité par les actes cruels qu’ils commettent, se retrouvent en perte de prestige, grâce au changement de posture initié courageusement par leur -jusqu’ici- victime. Pour aider ces enfants en souffrance à faire en sorte que le harcèlement devienne ridicule et inconfortable à celui, celle qui le commet. Par un changement de comportement porté par l’auto-dérision, l’humour et redisons-le, le courage.
Et pour plus de 80% d’entre eux, le harcèlement diminue considérablement, voire cesse. Parce qu’un agneau qui montre qu’il sait mordre à bon escient, envoie un nouveau message à tous les acteurs de son écosystème ; conséquemment, ce système est contraint de changer ses règles du jeu interactionnelles parce que le harceleur et les témoins font une expérience incroyablement structurante pour le reste de leur existence : certaines victimes savent résister.
Mais un agneau auquel on n’a jamais appris à mordre, ne saura toujours pas faire respecter son intégrité; le fait de changer son persécuteur de pré ne changera rien à cette donnée.
C’est ce qui est arrivé à Leslie, Côme, Lili, Lindsay et tant d’autres collégiens que nous avons reçus cette année : le harceleur a été exclu de façon définitive, mais le harcèlement a perduré, comme délégué à d’autres, plus pernicieux, plus radical, et plus désespérant encore.
Changer l’élève harceleur d’établissement contribue souvent de fait, en toute logique systémique, au maintien voire à l’amplification de la souffrance initiale, et potentiellement à la création d’une supplémentaire dans le nouvel établissement.
C’est une solution illusoire qui donne bonne conscience aux adultes, sans étayer le moins du monde les enfants harcelés.
Elle montre une fois de plus à quel point ce sujet est traité à la légère par l’Institution, sans analyse rigoureuse, avec les seules (légitimes) émotions comme boussole.
Les enfants harcelés méritent selon nous mieux que ça.

Emmanuelle Piquet