À 180 Degrés / Chagrin Scolaire
Une psychanalyste et une psychothérapeute furent les deux combattantes estivales de la lutte feuilletonnée par France Inter, scénarisée en première page et dans son Check news par Libération, et reprise en masse par les réseaux plus ou moins spécialisés en matière d’éducation. Et telle fut la question générale, à l’occasion de cette joute finalement stérile : qui a raison ? Quel est le bon mode d’emploi pour devenir ce parent idoine, épanouissant et structurant, que le climat actuel exige bizarrement, sous peine d’opprobre généralisée ? Suivre les conseils de Goldmann ou ceux de Filliozat ? Voter pour l’autorité ou l’éducation positive ?
C’est cette question même qui pose problème selon nous, parce qu’elle sollicite une réponse par nature décontextualisée, et donc de pacotille.
Car il n’y pas un modèle d’enfant colérique, il y en a un nombre infini.
Il n’y a pas un type de vulnérabilité ou de rigidité parentale, il y en a énormément aussi, multiplié par le nombre d’interactions familiales qui y président.
Il n’y a pas un unique apprentissage derrière les visions personnelles de ce qu’est une bonne parentalité, il y en a une multitude qui vont avoir un impact sur chaque comportement éducationnel.
Poser cette question, et tenter d’y répondre, revient à gommer toutes ces singularités qui font que la situation est celle-ci, ici maintenant, et qui font aussi, que ce qui a fonctionné avec Esther, l’aînée, sera particulièrement improductif avec Ernest, le benjamin.
C’est une des (nombreuses) vertus de la thérapie brève selon l’Ecole de Palo Alto, que de refuser tout mode d’emploi à priori pour se concentrer exclusivement sur ce qui a été essayé par la maman, le papa, à plusieurs reprises pour apaiser les souffrances de l’enfant, les souffrances parentales, tentatives qui bien malgré eux ont alimenté, voire amplifié ces dernières. C’est en partant de ce contexte infiniment intime qu’une proposition écologique et radicalement différente va être élaborée pour que cesse ce qui maintient le cercle vicieux dans lequel la famille est douloureusement bloquée.
La question la plus génératrice d’apaisement est donc plutôt selon nous : quelles sont les interactions mises en place et qui génèrent ce que les parents veulent éviter ? Partant, quelles sont les nouvelles interactions qui peuvent débloquer la situation ? Du sur mesure.
L’inverse d’un mode d’emploi, en somme.
Emmanuelle Piquet