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Mar26

Que devient un problème quand il est confiné ? Episode 2

Selon les chercheurs et cliniciens de l’Ecole de Palo Alto, un problème est une difficulté mal résolue.

Pour perdurer ou prospérer,  il a besoin de deux ingrédients indispensables :

  • Une souffrance qui lui est associée.
  • L’existence d’un certain nombre de tentatives mises en œuvre par le passé et présentement pour l’aplanir ou le faire disparaître. Tentatives qui comme leur nom l’indique n’ont pas abouti. Voire ont aggravé le problème.

Or un certain nombre de problèmes existant le 15 mars 2020 sont entrés en confinement avec leurs créateurs et victimes, et vont vraisemblablement le rester plusieurs semaines encore. Que va-t-il advenir d’eux si la quarantaine dure longtemps ?

Justine, Clément et Nadia, en tête à tête avec leur problème depuis plusieurs jours maintenant vont nous aider à y répondre tout au long de cette semaine.

Clément et son amour

Clément a 50 ans. Il est très amoureux de Pierre avec lequel il vit depuis 15 ans. Leur couple fait figure de modèle au sein de leur groupe d’amis, dont l’ancienneté conjugale (qu’ils ont calculée dernièrement) avoisine les deux mois et demi (la longévité du couple de Pierre et Clément comprise).

Ce que la bande ne sait pas, c’est que depuis plusieurs mois, la situation est très tendue dans ce couple réputé indestructible.

C’est que Pierre n’a plus de désir pour Clément.

C’est arrivé de façon subreptice, progressivement, comme une lame de fond destructrice et que Clément n’a pas vraiment vue venir.

Ca a commencé par des refus implicites puis de plus en plus explicites de Pierre aux avances sexuelles de Clément. L’argument invoqué : une fatigue lancinante liée au travail ; les soucis  au sujet du papa de Pierre qui a déclenché une maladie d’Alzheimer ; une forme de stress qui annihile l’envie de faire l’amour, tout simplement.  Et que Clément pourrait comprendre, s’il était un peu moins autocentré, dira Pierre au bout de quelques mois.

La lame s’est insinuée avec des arrivées de plus en plus tardives dans le lit commun, comme si Pierre attendait que Clément s’endorme ; un espace de plus en plus grand entre eux sur le canapé du salon ; et un Pierre dont Clément a le sentiment qu’il se force régulièrement (de moins en moins souvent) à faire l’amour, parce que d’une certaine façon, il faut bien y passer.

Car Clément le sent bien, Pierre se sent coupable. Cette culpabilité le rassure et l’inquiète en même temps. Car elle dit son attachement mais est aussi synonyme d’une compassion loin du désir qu’il aimerait tant susciter à nouveau.

La lame est devenue hyper blessante quand elle s’est incarnée dans des reculs réflexes quand Clément s’approche de Pierre ; presque du dégoût ? Si tu m’aimais vraiment, dit Clément, tu devrais avoir envie de moi.

Clément pleure, s’énerve, menace, l’implore de faire en sorte que ça change. Rappelle qu’ils s’étaient toujours dit que la sexualité était l’un des ingrédients majeurs d’un couple épanoui. Pierre baisse la tête, dit qu’il est désolé, qu’il se rend bien compte que c’est lui le problème. Il accepte d’aller voir un sexologue. Mais au bout de 3 séances rien n’a changé, et Pierre refuse d’y retourner.

Le confinement arrive. Et avec lui la montée en flèche de la tension entre eux.

Pierre semble de plus en plus recroquevillé ou alors, s’agite, bouge, ouvre les fenêtres. Il dort tout au bord du lit, comme s’il voulait en descendre pendant la nuit.

Clément le scrute, s’approche, recule, ne sait que faire de son grand corps, sent la colère qui monte, a envie de taper dans les murs. Il dit pour la centième fois : il faut qu’on parle. Et le visage de Pierre ressemble à celui d’un lapin pris dans les phares.

Il y a fort à parier que le confinement va rendre la relation encore plus douloureuse si Clément continuer à vouloir le désir de Pierre. Parce que la proximité va rendre son désir d’autant plus intense que Pierre va encore plus fortement tenter de s’y soustraire.

Le problème va se nourrir du confinement pour prospérer, et faire prospérer de nouvelles souffrances.

Mais peut-être au contraire le confinement sera-t-il le moment pour Clément d’arrêter ses vaines tentatives de régulation consistant à implorer Pierre d’avoir du désir pour lui ; peut-être comprendra-t-il que désir et volonté ne sont pas de même nature et qu’un désir qu’on tente de rendre volontaire a de fortes chances de s’étioler totalement. Peut-être ressentira-t-il le fait qu’une envie trop forte écrase souvent celle de l’autre et peut le transformer en dégoût.

Peut-être qu’accompagné par un thérapeute, il se posera la question essentielle à ce stade : « et si j’étais sûr que Pierre n’aura plus jamais de désir pour moi, que ferais-je de ma vie ? » Peut-être alors, répondra-t-il : je le quitterais ;

ou au contraire je resterais, me disant que si je n’ai plus de sexualité avec mon amoureux, je voudrais pourtant garder tous les autres bons moments avec lui.

Et peut-être pourra-t-il lui dire : je ne te solliciterai plus du tout et je suis en train de réfléchir à comment gérer ma sexualité autrement pour y parvenir parce que je sais à quel point c’est compliqué pour toi de subir cela de ma part. Sache que désormais, Pierre, lorsque je m’approcherai de toi, ce ne sera pas avec une visée sexuelle. Ce sera uniquement pour un moment de tendresse. Et je te le dirai.

Parce que pour rallumer les braises d’un désir presque éteint, la seule solution, c’est de leur laisser vraiment de la place.

Alors le confinement et le courage de Clément auront permis de résoudre un problème que la quarantaine aurait pu largement aggraver.

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