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« Tu vas voir comme je t’aime » : des exemples de « sabotages bienveillants »

table-de-fete

Les jours rallongent, l’air est plus doux et s’annoncent cérémonies, soirées et vacances familiales ou entre amis. Autant de moments partagés, qu’on espère agréables et sereins… si toutes les personnes de la maison voulaient bien comprendre que le rangement de ses propres affaires, le respect des espaces communs ou la participation aux tâches ménagères participent à l’harmonie. Par toutes les personnes, les parents entendent souvent « les ados » qui soupirent en lâchant : « non mais vraiment, je vois trop pas pourquoi tu t’énerves pour ça ».

« Ça » pouvant être le T-shirt douteux et les chaussettes humides et grises boulés sur le canapé ; le vernis à ongles laissé ouvert, sur le rebord du lavabo et sous votre serviette de toilette en coton « longues fibres » (longues et collées, surtout collées) ; le skate abandonné sur le parquet ou la moquette, désormais aussi bien huilés que les roues ; la part de pizza moisie en équilibre sur l’unité centrale de l’ordinateur. Voilà qui génère des tensions, souvent des disputes et des récriminations, parfois des scènes pénibles. Apaiser les relations entre parents et grands enfants pourrait bien changer la vie quotidienne…

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Pour ce faire, Nathalie GOUJON suggère d’entreprendre un « « sabotage bienveillant », stratégie qui a déjà été définie ici (billet du 7 décembre); en voici, comme promis, deux autres exemples

Muriel CHABERT

Les habits de la princesse

C’est l’histoire d’une femme qui en a marre des disputes avec sa fille qui dégénèrent immanquablement sur fond sonore de la voix de la jeune fille dans l’exorciste et d’insultes en arabe.
Elle vient en consultation car elle ne supporte plus l’ambiance à la maison d’une part et s’inquiète d’autre part, sur les fréquentations douteuses de sa fille.
Nous finîmes par n’avoir plus aucun doute sur les fréquentations en question et j’aidai cette femme à imaginer le pire qui pourrait arriver à sa fille parce que le pire avait commencé en effet.

L’acte de sabotage bienveillant que nous avons conçu ensemble porta sur le problème du linge.

Cette maman à qui j’expliquai que le sol de la chambre de son adolescente jonché de mille nippes n’était pas son problème me dit :

« Oui mais je sais, d’ailleurs depuis quelque temps, elle lave son linge, le fait sécher et le monte elle-même dans sa chambre. Ce qui continue de m’exaspérer c’est qu’elle remplit les panières et les garde dans sa chambre, linge non rangé. Comme je ne sais pas distinguer le propre du sale, je ne sais pas où poser le linge pour reprendre ma panière. Et bien sûr quand je lui demande de redescendre la panière, elle ne le fait pas. »

Après un froncement de sourcils de ma part et un petit sourire, elle trouva seule : « Je vais laisser les habits parterre, en vrac. »

A la séance suivante, elle m’explique comment cette jeune fille s’est exclamée :

«Mais putain pourquoi mes fringues sont au milieu de ma chambre ?
– Excuse-moi chérie, comme je ne savais pas où était le propre du sale et que j’avais besoin de la panière, j’ai fait comme j’ai pu »

Les jours suivants la panière avait regagné sa place à côté de la machine, pour de bon. (Ou au moins pour un bon moment : ne sous-estimons les ressources des ados poulpes)

 chambre-en-desordre

Comme on l’a lu dans ce que narre N.GOUJON, l’affaire du linge sale ou propre n’est pas la seule source d’inquiétude pour cette maman. Mais intervenir à ce niveau de la logistique familiale permet de modifier très sensiblement les interactions : la jeune fille a sans doute toujours des fréquentations douteuses, mais elle vient de vivre une expérience de responsabilisation. Il vient de lui être dit en substance : « Tu peux ne pas trier ni ranger tes vêtements, mais tu assumeras les conséquences de ce choix ». Cette expérience a des effets correcteurs aussi sur le comportement du parent, qui vérifie qu’en donnant à sa fille la possibilité supporter les effets de ces décisions, on obtient   plus facilement le changement espéré. Mais pas seulement, pas essentiellement : on peut s’attendre à ce que l’adolescente en fasse le socle d’une réflexion au sujet d’autres aspects de sa vie, qu’elle ressente que d’autres choix, potentiellement plus délétères, lui sont entièrement remis.  Dire à son enfant : « Je suis inquiet(e) de te voir fascinée par cet individu que je trouve dangereux, mais je ne pourrais pas t’empêcher de le suivre, alors je te redis à quel point je t’aime et serait à tes côtés si tu me le demandes, mais n’interviendrais pas dans une décision qui t’appartient », est un message d’amour et de confiance. Dans des circonstances aux conséquences moins judiciarisables que la fascination éprouvée pour une secte, certaines formes de délinquance ou l’union précipitée avec tel Roméo réprouvé par la famille ou la société, une adolescente m’a dit avoir éprouvé un puissant vertige à s’entendre dire qu’elle assumerait les conséquences de ses choix, puisqu’elle était assez mûre pour décider. « Je me suis dit que là, maintenant, j’étais adulte et que personne ne pouvait être tenu pour responsable à ma place. Je n’ai plus réfléchi de la même manière ».  Quoi de plus bienveillant pour un parent que de permettre à son enfant de grandir ?

Mais devenir adulte, c’est aussi faire des choix d’organisation, voire de vie, qui peuvent être bien différents des règles en vigueur dans la « civilisation » parentale. Comment concilier deux manières de vivre opposées ?

Laissons le mot de la fin à Nathalie GOUJON qui nous emmène chez les parents de Martin à l’heure du dîner.

La poubelle de table

Les questions autour du dîner sont aussi une source de conflits infinie quand on a des ados chez soi !

L’ado ne vient pas à table quand on l’appelle car il doit : sauver des vies, échapper à un sniper, répondre à un post Facebook parce que sinon c’est la honte, finir de construire son camp avant qu’une armée vienne tout détruire, écouter un morceau de musique que Tom a envoyé, enregistrer sa partie, finir un niveau…bref sinon il pourrait mourir.

Et les parents ne se rendent pas compte.

Autre source de bagarres, de cris et de délires en famille : Débarrasser.

lave_vaisselle002« C’est pourtant simple : chacun ramène son assiette quand le repas est fini. Vous ne trouvez pas que c’est la moindre des choses, non ?
– Si, si…
– Les filles le font en râlant mais Martin jamais. C’est dingue, on a beau lui répéter de ranger, lui hurler dessus, il s’arrange toujours pour ne rien faire. Souvent il mange lentement et traîne à table. Résultat : quand je vais me coucher je retrouve son assiette sur la table avec ses déchets et les miettes tout autour.
-Et qu’est-ce que vous faites ?
– Et bien je range et je nettoie parce que je n’aime pas que cela soit immonde au petit déjeuner. En plus notre salle à manger est sur notre chemin lorsque nous allons dans la cuisine ou nous coucher…Bref on ne peut pas louper la table à manger. Cela nous rend fous de voir ce bazar chaque soir, alors on range.
– Oui donc il n’y a peu de chances que quoi que ce soit change. »

Heureusement, dans cette famille, chacun avait sa place autour de la table, toujours la même.

Nous décidâmes tous les trois que finalement c’était bien commode d’avoir une poubelle de table toujours disponible : la place et l’assiette de Martin.

Les parents eurent pour consigne de ne pas nettoyer pendant au moins 4 jours et de voir ce qu’il se passe. L’assiette de Martin devait rester à sa place et on devait mettre le couvert autour comme si elle était propre.

Le soir, Monsieur qui grignotait devant la télé devait laisser les emballages de tablettes de chocolat ou les épluchures de fruits dans l’assiette de Martin.

Ils devaient aussi bien entendu s’excuser si Martin trouvait que les déchets n’avaient rien à faire là, en disant : « Excuse-nous, on croyait que comme t’étais cool on pouvait mettre là nos trucs en attendant »

La séance suivante, ils expliquèrent comment Martin avait grogné que son assiette était « crade », que « oh ça se fait trop pas » quand ils se sont excusés platement d’avoir mis des déchets. Madame avait même dit : « Désolée, chéri pour le coton avec le dissolvant, j’étais trop crevée pour aller à la poubelle de la cuisine ».

Les jours suivants, son assiette était dans le lave-vaisselle comme par enchantement.

Vous avez dorénavant quelques pistes pour fabriquer vous-même des conséquences aux actes insupportables de vos ados. Comment faire vivre une jolie « expérience émotionnelle correctrice » à votre ado ? Telle est votre mission. Au passage il est possible de bien rire et c’est bien moins fatigant que de faire de longs discours aussi inefficaces qu’épuisants, vous en conviendrez.

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