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Nov23

Témoins de harcèlement : peut-on vraiment les pousser à intervenir ?

 

Soyons clairs : 100% des enfants sont témoins de harcèlement, de scènes d’ostracisme, de rejet, dans la cour et aux alentours de l’école et du collège. 

Combien de ces témoins de harcèlement interviennent ? 

De ce que nous en dit l’écrasante majorité des quelques 500 enfants harcelés que nous recevons chaque année, ce pourcentage est dramatiquement bas. Et lorsqu’en conférence auprès de collégiens, nous posons la question de savoir ce qui les en empêche, la réponse fuse, précise et sans appel : « parce qu’on a peur ». Peur que cela se retourne contre eux, peur d’être les prochains sur la liste.
Ils disent : « en prenant la défense de la victime, j’ai beaucoup à perdre et pas grand-chose à gagner : j’ai à perdre le peu de popularité ou de tranquillité qui étaient (éventuellement) les miennes jusqu’à présent. J’ai à gagner l’éventuelle estime de l’adulte. Comment te dire ? » 

Lorsqu’ils se repassent la scène quelques années plus tard (comme nombre d’entre nous l’ont déjà fait), le peur n’est plus là, évidemment; alors surgit la culpabilité qui n’est plus étouffée par cette angoisse paralysante. Qui peut devenir brûlante, parfois. C’est cette même culpabilité qui fait que nous poussons nos enfants à intervenir s’ils sont témoins de cas de harcèlement, comme le fait le dernier clip de l’Education Nationale.

Mais cette exhortation aussi bien intentionnée soit elle, part de notre émotion d’adultes. Et oublie la peur qui les tenaille, eux. Elle reste donc bien souvent un vœu pieux. Notre raisonnement d’adulte oublie en effet une donnée incontournable dans l’analyse du phénomène complexe du harcèlement : la popularité. 

Ce syndrome très moderne dans son intensité et qui les fait redouter plus que tout le cauchemar de la solitude, cette sensation horrible d’être tout seul au self, à la récré ou pour les travaux de groupe. Et qui si on l’oublie, nous fait perdre de vue un élément pourtant indispensable si on veut vraiment aider les victimes de harcèlement scolaire. Car pour pouvoir intervenir efficacement dans un système, il faut en comprendre précisément tous les ingrédients, et pour cela, être au plus proche du terrain.

Depuis 10 ans, nous travaillons sur une façon très pragmatique d’aider les enfants et les adolescents harcelés en les outillant relationnellement pour pouvoir enrayer les cercles vicieux horriblement douloureux dont ils sont les victimes. Et nous intervenons au sein d’établissements pour animer des ateliers qui aident les enfants harcelés à se faire respecter à nouveau, en faisant tomber les agresseurs de leur piédestal. 

Dans ces ateliers, viennent s’inscrire de plus en plus d’enfants témoins de harcèlement, qui ne sont pas victimes, mais qui se sentent terriblement mal de ne pas aider l’ami.e qu’ils voient souffrir, ou même l’inconnu.e qui se fait malmener tout près d’eux, à la récré.
Et c’est une satisfaction immense que nous lisons dans leurs yeux quand ils parviennent à élaborer une flèche de résistance pour l’un.e de ces camarades. Ils savent qu’ils pourront lui proposer une stratégie pour l’aider à être plus fort.e, sans le faire à sa place. 

Ainsi, ce sont à la fois la peur et la culpabilité qui disparaissent. 

 

Nous voyons souvent revenir certaines questions lors des conférences, par mail ou sur les réseaux sociaux. Nous avons voulu que chacun, via ce blog, ait l’occasion d’entendre les réponses. N’hésitez pas à poser vos questions générales sur le harcèlement ou la thérapie brève dans les commentaires, nous répondrons aux questions les plus fréquentes dans des articles futurs.

5 Réponses à “Témoins de harcèlement : peut-on vraiment les pousser à intervenir ?”

    • a180degres

      Bonjour,
      Toutes nos formations sont annoncées sur notre site, onglet « formation ». Dans votre cas, le plus approprié serait surement le Diplôme Universitaire. N’hésitez pas à envoyer un mail à contact@a180degres.com, quelqu’un de l’équipe vous proposera un rendez-vous téléphonique.
      Bien à vous,
      Pour l’Equipe A 180 Degrés/Chagrin Scolaire
      Amélie Devaux

  1. Durant mon expérience de harcèlement (sexuel) au lycée, il est arrivé que des copines de mes agresseurs (oui des copines à eux!) prennent ma défense. Malheureusement, si ça ne leur a pas coûté leur propre popularité, ça n’a eu aucun effet sur eux. Comme s’ils ne les entendaient même pas. Peut-être parce que leurs interventions étaient du genre « Arrête » (mais si tu continues tu ne risques rien), un peu comme c’est le cas d’Agathe dans l’histoire de Jérémie dans Te Laisse Pas Faire. Cela dit je leur en suis reconnaissante d’avoir essayé.

  2. bonjour,
    peut-on considérer comme règle générale que les agresseurs gagnent en popularité grâce à leurs agressions ? certains agresseurs sont des enfants assez marginaux dans le groupe, qui semblent plutôt n’avoir rien à perdre. Comment agir dans ces cas ?
    merci pour votre attention
    cdlt

    • a180degres

      Si on parle d’agresseur, alors non il n’y a pas systématiquement de gain de pouvoir. Le harcèlement est une escalade complémentaire, avec un enfant qui subit, et qui descend dans la relation, dans son bien-être, dans sa popularité, et un autre qui monte. S’il n’y a pas de gain pour celui qui agresse et que cela l’isole encore plus, alors on ne peut pas considérer que ce soit du harcèlement, même si les victimes d’un tel comportement peuvent être en grande souffrance. L’important est de trouver la personne qui souffre le plus de la situation et de l’outiller pour s’en sortir. Parfois, ça peut être d’aider un enfant isolé qui utilise la violence pour entrer en contact avec les autres, d’autres fois ça va être d’outiller des enfants qui subissent de la violence pour que l’autre arrête. Il n’y a pas de règle, on est obligé de s’adapter cas par cas.

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