juil08

Le devoir de vacances

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Les rayons des librairies sont remplis depuis quelques semaines de ces cahiers aux couvertures prometteuses. Parasols et ballons, vaguelettes et bouées, poney et forêts, tout dit aux enfants : « On va bien s’amuser ».

Pour être honnête, je m’apprêtais à écrire avec un peu d’agacement réprobateur que les enfants en question ne sont pas tellement dupes, et savent parfaitement que ces promesses picturales faussement naïves et gaies sont destinées à leurs parents, cibles réelles de ce marketing saisonnier. Mettre leurs enfants en position de « réussir » » leur scolarité (c’est-à-dire avoir de bonnes notes) est une injonction telle que bien des parents inquiets ont peur de ce temps de vacances, de latence au cours duquel leur progéniture pourrait oublier Pythagore, Molière et la famille Curie. Alors, ces éducateurs de bonne volonté tentent de pallier les manques et l’absence de cours en meublant des cerveaux prétendument vidés. On ne peut nier que certains professeurs les encouragent, et on imagine la punition que représente pour ceux qui se sont ennuyés pendant des mois sur les bancs de leur classe cette sorte d’heure de colle quotidienne infligée pendant plusieurs semaines.

Il me semblait que seuls de rares écoliers ou collégiens aiment faire des « devoirs de vacances » pendant l’été, souvent de bons élèves qui n’ont pas besoin de « rattraper ». Je pense toujours qu’il est vain d’imposer ce pensum à des enfants qui détestent cela et qu’il y a mille façons d’apprendre, comme chacun a sans doute pu le constater. Telle réfractaire aux maths est une championne du calcul des pourcentages depuis qu’elle a découvert que les soldes lui permettent d’acheter plus avec la même somme, et elle jongle avec la règle de trois parce que les recettes de gâteaux ne sont jamais données pour le nombre de convives souhaités. Sa sœur qui se voit depuis toujours en princesse exigera de nouveau que l’on visite tous les châteaux alentours alors qu’elle n’ignore plus grand-chose de la vie quotidienne des paysans du 18ème siècle dans la région. Depuis le concert donné par un pianiste sur la place du village où la famille passe ses vacances, tous les cousins fredonnent « Les Gymnopédies » d’Erik Satie, et les deux petits ont découvert avec effroi ce que signifiait la chaîne alimentaire après avoir présenté des insectes fraîchement capturés à un oiseau peu farouche qui laissa quelques plumes dans la gueule du chat en embuscade.

cute little girl drinking cocktail on tropical beach resort

J’avais par ailleurs le souvenir, qu’au temps où j’exigeais que mes enfants se plient à l’exercice, il fallait de pénibles négociations autour du nombre de pages remplies ou du temps quotidien consacré aux exercices. Et puis, comme les deux jeunes femmes que sont devenues mes filles étaient à la maison, j’ai demandé quels souvenirs elles gardaient de ces devoirs de vacances. L’aînée a répondu qu’elle avait toujours trouvé bien qu’on sollicite son intellect de cette manière, qu’elle avait alors l’impression de ne pas perdre l’entraînement, et que depuis, elle se procure tous les étés des cahiers pour adultes afin de faire les quizz proposés. J’en ai déduit qu’elle avait désormais une vision de « grande personne ». Ma théorie initiale selon laquelle la plupart des enfants déteste les devoirs de vacances ne reposait plus que sur sa sœur, qui à son tour a minimisé : « ça ne durait jamais longtemps, c’était à l’heure de la sieste, donc ce passage obligé n’empiétait pas sur les baignades ni les balades, et finalement, une fois que c’était fait, on se sentait satisfait ». Elle ajouta : « Et surtout, on ne faisait que les exercices qu’on voulait, tant vous les parents étiez contents de nous montrer comment répondre, jusqu’à le faire à notre place. J’en ai plutôt de bons souvenirs, de ces moments passés avec vous deux. »

Et donc, me direz-vous ? Donc, si les enfants aiment ces cahiers, pourquoi leur refuser ? A contrario, il serait vain d’espérer que les « mauvais élèves » se mettent subitement à adorer les exercices scolaires, qu’ils ne feront pas ou à contrecœur et à « contre-tête », exercices qui, de ce fait, ne rempliront sans doute pas leur office, à savoir compenser ce qui n’a pas été fait au cours de l’année – ce qui en soit est un projet étrange, puisqu’il revient à demander aux parents d’accomplir en quelques semaines ce que les professionnels de l’enseignement ne sont pas parvenu à faire en plusieurs mois.

Mais, quoi qu’il en soit, partir avec une idée préconçue sur l’accueil qui sera fait aux devoirs de vacances revient à partir sur une idée fausse. Une idée aussi fausse que celle qui consiste à croire que tout le monde se réjouit à l’idée des vacances. L’enseignante que j’ai reçue à la veille de la sortie des classes, déteste cette période pendant laquelle elle n’a plus les jours de cours pour rythmer une vie personnelle un peu trop morne, un peu trop solitaire. Et ce qui la fait le plus souffrir est devoir faire mine de se réjouir parce que ses collègues ne comprendraient pas si elle leur disait qu’elle déteste les vacances d’été.

Ainsi, tous ceux à qui on impose ce fameux « devoirs de vacances » sont placés face à une injonction particulièrement violente et donc source de souffrance : « Réjouissez-vous de devoir faire ce que vous aimez le moins puisqu’on vous dit que c’est bien pour vous. »

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Si vous en prenez, et quelles qu’elles doivent être pour votre satisfaction, votre joie, votre bonheur, bonnes vacances à vous (sans rien vouloir vous imposer bien entendu) ! Et à tous, que l’été vous soit doux !

Muriel MARTIN-CHABERT

 

 

 

 

 

 

Commentaires

  1. Encore un très bel article Muriel…
    Moi j’étais comme Clara, j’aimais ça, mais parce que c’était plus un livre de jeux qu’autre chose. N’ayant pas de difficultés à l’école, mes parents me les offraient comme « activités de l’été », mais ne vérifiaient pas si les cahiers se remplissaient ou pas. Et donc les exercices non plaisants restaient vides! C’est ça qui était chouette, ne pas être obligée de faire ce que je n’aimais pas!

    1. Merci Magalie pour ce témoignage : en effet, dire à un enfant « tu peux faire ou tu peux ne pas faire, c’est toi qui décide » est en soi un apprentissage.
      Et je vous reconnais bien toutes les deux dans ta description ! Être ainsi mues par l’appétit et le plaisir de vivre ne pourrait-il être un « devoir » de tous les jours ? Je me le prescris derechef.

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