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Jan16

Et le harceleur dans tout ça ? Question/Réponse

Depuis une dizaine d’années, les centres Chagrin Scolaire développent une méthode de lutte contre le harcèlement qui leur est propre. Au cœur de la solution, nous mettons l’enfant harcelé, quand un grand nombre de professionnels et institutions travaillent avec le harceleur, pour qu’il arrête, qu’il comprenne qu’il fait du mal. S’ils travaillent avec l’enfant harcelé c’est pour l’aider à se reconstruire, mais pas pour lui apprendre à se sortir de la situation qui le fait souffrir.

Il est donc naturel que régulièrement, en formation ou conférence, beaucoup s’interrogent de ce que nous faisons de l’enfant harceleur. S’il agit ainsi avec les autres, c’est qu’« il a un mal-être profond », qu’« il manque de confiance en lui », qu’« il doit avoir un côté pervers ». De nombreux parents ou professionnels s’inquiètent de savoir si l’enfant harceleur va souffrir et être « traumatisé » lorsque l’enfant harcelé riposte enfin en lançant sa « flèche ».

C’est qu’on a tendance à regarder les problèmes relationnels d’un point de vue intrapersonnel plutôt qu’interpersonnel. « Le harceleur doit changer, et ne plus faire de mal aux autres, parce qu’on lui dit que c’est mal ». « Le harcelé est fragile, il doit avoir plus confiance en lui. »

Or, pour nous le problème est plus d’ordre relationnel qu’individuel. C’est-à-dire que l’enfant harceleur a trouvé une façon (discutable) d’être populaire. En effet lorsqu’on est craint par ses pairs, on a peu de chance d’être soi-même isolé ou malmené, et c’est malheureusement la raison pour laquelle la sanction, ou la morale ne marche que très rarement puisqu’ils n’ont aucun intérêt à ce que la situation change (si ce n’est l’approbation des adultes, autant dire moins que rien au collège), et plutôt tout à gagner à continuer (à savoir, la popularité). Or, à partir du CE2, chacun sait que personne ne peut faire descendre le roi de la cour de son piédestal, si ce n’est un autre enfant.

C’est pour cette raison que chez Chagrin Scolaire nous travaillons avec les enfants qui viennent nous voir car la situation est trop difficile à vivre pour eux, qui subissent tous les jours des humiliations. Nous les aidons simplement à construire des « flèches » de riposte sur mesure, qui soient à la hauteur de l’attaque, non pas pour « humilier » le harceleur, mais pour remettre de l’équilibre dans la relation et disqualifier le comportement harcelant. Pour qu’ils fassent l’apprentissage qu’ils ont un rôle à jouer dans leur relation, qu’ils ont de l’importance, parce que c’est en faisant qu’on prend confiance en soi.

Et le harceleur dans tout ça ?

Il fait également un apprentissage, certes pas des plus confortables : celui qu’à tout moment, les relations peuvent se rééquilibrer. Le même apprentissage d’ailleurs, que les enfants témoins de harcèlement. Parce que plus que les leçons de morale et les discours, ce qui fait apprendre, c’est avant tout l’expérience émotionnelle correctrice.

Imaginons une famille dans laquelle se trouve à la fois un chat et un bébé de quelques mois. Petit, l’enfant s’amuse à embêter le chat, lui tire les oreilles, la queue, ou les poils (ou les trois en même temps, pour certains chats particulièrement patients). Le chat ne réagit en général pas, car il sent bien que l’enfant est trop petit, alors il se laisse faire, en attendant que ça passe. Les mois défilent, et un jour, le chat en a marre, et voyant que l’enfant n’est plus un bébé, il le griffe.

L’apprentissage que fait l’enfant à ce moment-là nous parait très important : il apprend que non seulement ce chat peut griffer, mais tous les autres chats peuvent le faire. Il transversalise cette méfiance tout comme un enfant harceleur qui ferait l’expérience émotionnelle que tous les enfants en apparence faible/vulnérable peuvent un jour ne plus se laisser faire. Et surtout, que rien n’est figé, qu’on n’est pas fort ou faible toute sa vie. Et c’est cet apprentissage qui lui servira aussi quand il aura quitté la cour de l’école.

 

 

Nous voyons souvent revenir certaines questions lors des conférences, par mail ou sur les réseaux sociaux. Nous avons voulu que chacun, via ce blog, ait l’occasion d’entendre les réponses. N’hésitez pas à poser vos questions générales sur le harcèlement ou la thérapie brève dans les commentaires, nous répondrons aux questions les plus fréquentes dans des articles futurs.

 

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